Petite chronologie du Canada
Le XXe siècle, qui a permis au Canada de s'affirmer
en tant que puissance économique, s'achève par
le rapprochement avec les États-Unis et le Mexique, dans
un contexte politique délicat où s'exercent plus
ouvertement les tentations séparatistes du Québec
et la volonté, nouvellement affirmée, de «reconquête»
territoriale des Amérindiens et des Inuit.
La souche amérindienne et inuit Quand les premiers Français
explorèrent le Canada en 1535, le pays était
peuplé de longue date par plusieurs centaines de milliers
d'Amérindiens et d'Inuit. Venues d'Asie il y a plus de
10.000 ans, ces populations primitives vivaient en tribus
clairsemées, souvent rivales. Leur civilisation orale
rend délicate toute analyse de leur passé, dont
il ne reste que peu de traces matérielles; vivant de
la chasse et de la pêche, parfois même de cultures,
les tribus se répartissaient de l'Atlantique au Pacifique:
Hurons, Iroquois, Montagnais, Micmacs, Crees, Inuit.
L'arrivée des Blancs entraîna maladies, massacres,
dépossessions – pour l'Amérindien la terre
appartient à tout le monde et la notion de frontière
administrative n'a aucune signification –, et rébellions:
celle de la région de la rivière Rouge en 1869,
celle du Nord-Ouest en 1885. Les revendications de la fin
du XXe siècle témoignent du mécontentement
profond de ces peuples et de leur volonté de voir respectés
leurs droits ancestraux, leur histoire et leur culture.
La Nouvelle-France
Leif Erikson, le fils du Norvégien Erik le Rouge (qui
avait découvert le Groenland vers 981), visite Terre-Neuve
et le Labrador vers l'an mille. Après le Vénitien
Jean Cabot (1497) – pour le compte des Anglais –
et le Florentin Giovanni Verrazano (1525) – au service
du roi de France –, les Français sont les premiers
à prendre véritablement possession du pays. C'est
sur le site de Gaspé que Jacques Cartier, en 1535
puis à nouveau en 1541, prend pied au Canada au
nom de François Ier. Parti découvrir le passage
du Nord-Ouest vers la Chine, le navigateur français découvre
que le golfe du Saint-Laurent se prolonge par un fleuve, pénétrant
à l'intérieur du Nouveau Monde. Mais il faut attendre 1608,
lorsque son compatriote Samuel de Champlain fonde Québec,
pour parler de colonisation. Soutenue par Richelieu et l'Église
catholique, qui y envoie de nombreux missionnaires, la Nouvelle-France
est née.
Les établissements français, déjà
intéressés par les ressources halieutiques, se
concentrent le long des rives du Saint-Laurent et en Acadie.
Mais le peuplement de ces deux ensembles reste modeste par rapport
à celui des colonies anglaises du Sud: 3.000 habitants
en 1660, 10.000 en 1685, 37.000 en 1734, 70.000
en 1765, alors qu'au sud, plus de 1 million de Britanniques
peuplent déjà la Nouvelle-Angleterre (les futurs
États-Unis). Leur faiblesse numérique n'enlève
toutefois rien au dynamisme des colons; tournés à
la fois vers l'océan et l'Europe et vers l'intérieur
du continent, les Acadiens (Poitevins, Vendéens et Angevins
pour l'essentiel) entretiennent des rapports étroits
avec les zones maritimes et lacustres (construction de digues,
pêche). Les Canadiens (le nom que se donnent les habitants
français de la vallée du Saint-Laurent), pour
leur part, vendent à la France des fourrures, des peaux
et du bois, qu'ils se procurent à l'intérieur
auprès des Amérindiens. La plupart des établissements
permanents sont en fait des comptoirs à fourrures. La
découverte de l'intérieur du sous-continent permet
d'ouvrir de nouveaux accès de chasse et de «trappage».
Ainsi seront découvertes les voies menant aux Grands
Lacs, à l'Ontario (nom indien qui signifie «belle
eau», pour désigner l'extrémité orientale
des Grands Lacs).
Chronologie (1759) Chronologie (1755) L'encerclement des colonies
britanniques par les Français et les conflits opposant
les deux pays en Europe attisent les tensions en Amérique
du Nord. En 1629, les Anglais prennent Québec (peuplé
par une centaine de personnes), mais rendent la province aux
Français trois ans plus tard (traité de Saint-Germain-en-Laye,
1632). Le traité d'Utrecht (1713) leur livre l'Acadie
(partie orientale de la Nouvelle-France), dont ils font la Nouvelle-Écosse,
mais ils ne fondent Halifax qu'en 1749. Les conflits franco-anglais
deviendront de plus en plus violents, tout d'abord en Acadie,
où, en 1755, les Britanniques organisent la déportation
(le Grand Dérangement) des Acadiens vers les colonies
américaines. Alors que la guerre de Sept Ans (1756-1763)
oppose en Europe la France et l'Autriche à la Prusse
et à l'Angleterre, cette dernière attaque la Nouvelle-France,
qui, grâce au général Montcalm, résiste
vaillamment (victoire du fort Carillon en 1758). En 1759, l'Anglais
Wolfe vainc Montcalm près de Québec (bataille
des plaines d'Abraham); la bataille coûte la vie aux deux
généraux. En s'assurant la maîtrise de la
porte du Saint-Laurent, les Anglais en terminent avec la Nouvelle-France,
qui capitule, le 8 septembre 1760, à Montréal.
En Europe, les armes sont également défavorables
à la France qui, par le traité de Paris (1763),
cède officiellement à l'Angleterre la Nouvelle-France
et l'est de la Louisiane. Le 7 octobre 1763, la Nouvelle-France
est divisée en plusieurs territoires. La région
du Saint-Laurent, de Gaspé à la rivière
Outaouais, forme la province du Québec.
Le Canada britannique
Soucieux de s'assurer leur confiance à une époque
où le vent de la révolte souffle dans les colonies
américaines, les Britanniques souhaitent ménager
les francophones; l'Acte de Québec, en 1774, ne
constitue qu'une adaptation de principe des institutions existantes
à celles de la Couronne britannique. Pendant la guerre
d'Indépendance américaine (1775-1782), les Canadiens
français repousseront victorieusement les incursions
américaines, et l'ennemi sera vaincu sous les remparts
de la ville de Québec (1775). Les Canadiens français
resteront également neutres lors de la naissance des
États-Unis et n'en profiteront pas pour se soulever.
Après le traité de Versailles (1783), qui consacre
l'indépendance des États-Unis, le Canada accueille
même les «loyalistes», ces Américains
restés fidèles à la Grande-Bretagne; certains
s'installent à proximité de la vallée du
Saint-Laurent, mais la plupart – afin d'éviter
un conflit avec les francophones – préfèrent
s'implanter le long des rives des lacs Érié et
Ontario. En 1784, le Nouveau-Brunswick est détaché
de la Nouvelle-Écosse. Ainsi apparaît un nouveau
Canada formé de deux composantes, le Bas-Canada, francophone,
et le Haut-Canada, anglophone. Cette division sera officialisée
par l'Acte constitutionnel de 1791 fondant deux provinces,
chacune avec son lieutenant-gouverneur et son Parlement.
Pendant la guerre entre le Royaume-Uni et les États-Unis
(1812-1814), les Canadiens français luttent aux côtés
des Canadiens anglais et l'ennemi est repoussé. Suite
à une rébellion manquée (1837-1838) dans
le Bas-Canada sous le chef «patriote» Louis-Joseph
Papineau, Londres impose en 1840 l'union législative
du Haut-Canada (loyaliste) et du Bas-Canada (francophone), en
partie dans le but d'assurer une majorité anglophone.
L'objectif avoué de cette union est contenu dans le rapport
du lord John Durham, qui propose l'assimilation des Canadiens
français. La colonisation se poursuit vers l'ouest, afin
d'éviter d'éventuels empiétements des Américains.
Des canaux unissent Ottawa et Montréal, les lacs Ontario
et Érié.
L'histoire de la région des Prairies se confond avec
celle de la forte concurrence, dans la traite des fourrures,
entre la Compagnie de la baie d'Hudson et la Compagnie du Nord-Ouest,
qui fusionnent en 1821. L'emprise britannique y est contestée
par les métis, descendants des commerçants francophones
et des femmes des tribus autochtones, qui constituent le groupe
majoritaire de la colonie de la rivière Rouge (le futur
Manitoba). Ils s'opposent vigoureusement aux spéculateurs
qui envahissent la région entre 1840 et 1860.
S'estimant dépossédés de leurs terres,
ils se révoltent entre 1870 et 1885 sous la
conduite du métis Louis Riel, mais sont écrasés,
malgré le soutien des Canadiens français; la pendaison
de leur chef, en 1885, signifiera la mise à l'écart
de la population métisse et indigène. La colonisation
dirigée par l'État fédéral se met
alors résolument en marche, avec sa police montée,
ses expéditions, l'arpentage, la politique de concession
des terres et la mise en place des institutions. Elle est soutenue
par le développement des voies de communication et une
première vague d'immigration, venue de l'Ontario et des
États-Unis, supplante rapidement les métis. Véritable
arrière-pays agricole du Haut- et du Bas-Canada, un troisième
Canada, pluriethnique, voit le jour.
La Confédération canadienne L'histoire institutionnelle
du Canada ne doit pas occulter les orientations «géostratégiques»
suivies par les Britanniques: assimiler les populations; mettre
en place une politique économique nationale à
partir de l'Ontario; constituer une formation territoriale forte
faisant contrepoids aux États-Unis; faire du pays un
trait d'union entre l'Atlantique et le Pacifique. Une trentaine
d'hommes politiques, les «pères de la Confédération»
se réunissent en 1864 à Québec pour
ébaucher les fondements du dominion de l'Amérique
du Nord britannique. L'établissement de la Confédération
en 1867 – voté par le Parlement britannique,
heureux de renforcer son empire face aux États-Unis –,
regroupant la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick,
le Québec (ex-Bas-Canada) et l'Ontario (ex-Haut-Canada),
résulte d'un compromis entre les parties anglophone et
francophone; poussés à se regrouper par la crainte
de l'impérialisme américain, les «pères
de la Confédération» souhaitent l'élaboration
d'une constitution assez centralisatrice pour prévenir
un éclatement et suffisamment souple pour donner une
autonomie aux provinces.
Le régime mis en place en 1867 va alimenter de
nombreuses controverses constitutionnelles en créant,
plutôt qu'une véritable confédération,
une forme de fédération (vu l'importance des compétences
du gouvernement central qui siège depuis lors à
Ottawa). La langue française retrouve une existence légale,
mais le gouvernement est centralisateur. Le premier Premier
ministre, sir John Alexander Macdonald, qui se maintient au
pouvoir jusqu'en 1891 (exception faite des années 1873-1878),
souhaite mettre en place un État unitaire, conception
assez bien acceptée par les nouvelles provinces qui se
joignent au dominion : Manitoba en 1870, Colombie-Britannique
en 1871, Île-du-Prince-Édouard en 1873.
La création du Manitoba, faisant suite à l'écrasement
de la révolte des métis de la rivière Rouge
conduits par Louis Riel, renforce le pouvoir central. L'Alberta
et la Saskatchewan deviennent provinces en 1905, alors
que le Yukon (depuis 1898) et les Territoires du Nord-Ouest
(en 1890), moins peuplés, restent placés
sous le contrôle direct du gouvernement fédéral.
Terre-Neuve se joint au Canada en 1949. La réalisation
du chemin de fer transcanadien dès 1886 par la compagnie
Canadian Pacific renforce l'unité de la Confédération.
Le gouvernement du francophone Wilfrid Laurier (1896-1911),
dirigeant du Parti libéral, favorise l'immigration: la
population augmente d'un tiers, ainsi que la puissance de l'économie,
qui demeure axée sur l'agriculture et l'exploitation
de la forêt. En 1911, le conservateur Robert Borden succède
à Laurier et encourage l'industrialisation. Il fait entrer
son pays dans la Première Guerre mondiale aux côtés
de la Grande-Bretagne et de la France. En 1921, le libéral
Mackenzie King remporte les élections (auxquelles les
femmes participent pour la première fois). Le développement
de l'hydroélectricité et de l'exploitation minière
accroît la richesse du Canada, qui accueille un million
d'immigrants. La crise de 1929 rend le pouvoir aux conservateurs
en 1930. Le Premier ministre Richard Bennett la combat plus
efficacement que ses voisins américains (allocations
aux chômeurs, aides à l'agriculture, etc.). En
1931, le Statut de Westminster accordé par la Grande-Bretagne
à ses dominions fait officiellement d'eux des États
indépendants (dès 1927, le Canada était
entré dans la Société des Nations). En
1935, Mackenzie King revient au pouvoir.
Le Canada déclare la guerre à l'Allemagne en
1939. Il nourrit la Grande-Bretagne assiégée et
lui prête 700 millions de dollars en 1942. En 1948,
Mackenzie King cède la place à un autre libéral,
Louis Saint-Laurent. En 1949, Terre-Neuve devient la 10e province.
En 1957, les conservateurs reviennent au pouvoir, avec John
George Diefenbaker. Au Québec, le libéral Jean
Lesage réalise une révolution tranquille (1960-1966).
En décembre 1964, le Parlement canadien adopte le drapeau
du Canada, approuvé par la reine d'Angleterre (février
1965). Premier ministre (libéral) du Canada de 1968 à
1979 puis de 1980 à 1984, le Québécois
Pierre Elliott Trudeau demande à la Grande-Bretagne le
«rapatriement de la Constitution»: désormais,
le Canada aura le pouvoir de modifier ses lois constitutionnelles
sans consulter le Parlement britannique. Mais les nouvelles
lois limitent l'autonomie des provinces. En 1982, les provinces
anglophones acceptent le projet; le Québec le repousse.
Trudeau n'a pu atténuer les effets de la crise mondiale.
Le déficit budgétaire et l'inflation ont pesé
sur le pays. En 1984, le Parti libéral perd les élections.
Le Premier ministre conservateur, Brian Mulroney, met en œuvre
un programme libéral. En 1988, il signe avec les États-Unis
un accord de libre-échange, qui prélude à
l'ALENA (en vigueur depuis 1994), et remporte les élections.
Mais la question constitutionnelle demeure. L'accord dit «du
lac Meech» qui doit reconnaître le Québec
comme une «société distincte» est
finalement refusé par le Manitoba et Terre-Neuve (1990).
En 1992, un référendum porte sur une nouvelle
réforme constitutionnelle, avantageuse pour les Amérindiens,
jugée excessive par une majorité de Canadiens
et insuffisante par une proportion plus forte encore de Québécois.
En février 1993, Mulroney démissionne et, en octobre,
le Parti libéral remporte les élections. Jean
Chrétien, Premier ministre, poursuit la politique libérale.
Le déficit budgétaire et le chômage baissent.
En 1997, le Parti libéral remporte les élections
avec une majorité moindre qu'en 1993.
Mais, malgré l'unité institutionnelle et la reconnaissance
de l'indépendance du dominion en 1931, la représentation
diplomatique auprès de la Société des Nations
en 1927 et la création d'une citoyenneté
canadienne en 1946, le pays reste marqué par le
poids de son histoire et sa diversité culturelle, une
richesse et un handicap qu'il surmonte épreuve après
épreuve.
L'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA)
La division du nord de l'Amérique en deux pays, le Canada
et les États-Unis, repose avant tout sur une histoire
et des différences institutionnelles, politiques, économiques
et culturelles. Les débats engagés en 1988
à propos du libre-échange reflètent l'inquiétude
des Canadiens face à leur puissant voisin: au-delà
des intérêts économiques transparaissent
les véritables interrogations concernant le devenir même
de la Confédération. Malgré des craintes
traditionnelles face à l'influence envahissante de la
culture américaine (notamment chez les élites
artistiques anglophones), une majorité de Canadiens accepte
le libre-échange, entré en vigueur le 1er janvier 1989.
Le continent nord-américain devient ainsi le premier
ensemble économique mondial. La simplification des formalités
douanières et la réduction des obstacles techniques
posent les assises d'une coopération bilatérale
qui s'est étendue en 1992 à l'ensemble du
marché nord-américain par la signature avec le
Mexique de l'Accord de libre-échange nord-américain
(ALENA). Les États-Unis, le Canada et le Mexique sont
convenus de ne pas établir de discrimination commerciale
et de garantir l'accès réciproque à leurs
marchés. Depuis l'entrée en vigueur de l'ALENA,
le commerce entre les trois pays s'est sensiblement accru. Le
Canada se tourne de plus en plus vers les autres pays du continent
américain (mais aussi vers l'Asie), à mesure que
se relâchent ses liens traditionnels avec l'Europe.
Le fédéralisme en question Au Québec, la
«révolution tranquille» du gouvernement libéral
de Jean Lesage de 1960 à 1966 – qui
visait à moderniser la société québécoise –
inaugure une période de profonds changements sociaux
et politiques. Durant plus d'un siècle la société
canadienne-française est restée largement dominée
par des élites traditionalistes et par l'Église
catholique («la grande noirceur») ; les francophones
doivent se contenter d'un statut social inférieur à
celui des anglophones, même au Québec. Le revirement
est brutal; il ébranlera les assises de la Fédération
canadienne. La nouvelle classe politique réclame plus
de pouvoirs pour le Québec, seule province à majorité
française. Au cri de «Maîtres chez nous»,
le nouveau gouvernement à Québec nationalise les
sociétés d'électricité en 1963
(création de Hydro-Québec). En 1970, éclate
la «crise d'octobre»: le FLQ (Front de libération
du Québec) séquestre un diplomate et assassine
un ministre du gouvernement. Toutefois, le mouvement autonomiste
continue à progresser et le sentiment national des Québécois
s'enracine. En 1974, le français est déclaré
unique langue officielle du Québec. En 1976, le
Parti québécois, dirigé par René
Lévesque, est porté au pouvoir; voué à
l'indépendance du Québec, il provoque un exode
d'anglophones et de capitaux vers d'autres provinces. En 1977,
le gouvernement péquiste introduit la «Charte de
la langue française» (la loi 101), décrétant
l'affichage unilingue français et l'obligation aux nouveaux
immigrants d'inscrire leurs enfants à l'école
française. En 1980, le gouvernement propose aux
Québécois un référendum sur la souveraineté
du Québec, celle-ci étant assortie d'une offre
d'association avec le reste du Canada: la «souveraineté-association».
La proposition est refusée à 60 % par les
électeurs. Malgré sa défaite référendaire,
le gouvernement péquiste se fait réélire
en 1981 avec une majorité accrue.
Le reste du Canada ne sait pas trop comment réagir devant
les revendications de la Belle Province. Au niveau fédéral,
le chef libéral Pierre Elliott Trudeau est porté
au pouvoir en 1968, avec la promesse de régler la
question du Québec. Il fait adopter, en 1968, la
«Loi des langues officielles» qui instaure le bilinguisme
au niveau fédéral. Le Canada est désormais
un pays officiellement bilingue; le français a droit
de cité d'un océan à l'autre. Cependant,
les réalités démographiques font que le
français continue à perdre du terrain à
l'extérieur du Québec. Après le référendum
de 1980, Trudeau propose au pays un réaménagement
de la Constitution canadienne. En 1982, la Constitution
est «rapatriée» de Londres; le Canada est
désormais libre de modifier la Constitution sans l'aval
du Parlement de Westminster. Une nouvelle Constitution, qui
comprend notamment une «charte des droits et libertés»
à l'américaine, reçoit l'aval des neuf
provinces anglophones, mais pas celui du Québec. La Constitution
de 1982 ne reconnaît pas de statut spécial
au Québec. Une nouvelle période de crise constitutionnelle
s'ouvre. La crise semble réglée lorsque, en 1987,
le nouveau Premier ministre fédéral, Brian Mulroney,
réussit à faire approuver l'accord du «lac
Meech», qui enchâsse le statut particulier du Québec
dans la Constitution (la clause de la «société
distincte») par les dix premiers ministres provinciaux,
dont celui du Québec (le libéral Robert Bourassa).
Toutefois, l'accord n'est jamais mis en vigueur; deux parlements
provinciaux (Manitoba et Terre-Neuve) refusent de l'entériner.
Cet échec provoque une autre crise politique: un deuxième
effort de réconciliation nationale (l'accord de Charlottetown)
est repoussé par référendum par les électeurs
canadiens (1992). Lucien Bouchard, ministre fédéral,
démissionne du gouvernement Mulroney pour former le Bloc
québécois, qui siège désormais au
Parlement d'Ottawa pour prôner l'indépendance du
Québec. Les «bloquistes» emportent la majorité
des circonscriptions québécoises aux élections
fédérales de 1993. En 1994, le Parti
québécois de Jacques Pariezau est reporté
au pouvoir à Québec, avec la promesse de tenir
un autre référendum sur l'indépendance;
le résultat du scrutin est plus serré que celui
de 1980: presque la moitié des électeurs
(49?4 %) se prononce en 1995 pour l'indépendance
de la province (le Québec reste canadien par 42?000 voix).
En 1996, Lucien Bouchard devient Premier ministre du Québec,
en promettant un troisième référendum sur
l'indépendance dans quelques années, mais tout
en se disant ouvert à des négociations avec le
reste du Canada. Sa démission, annoncée au début
de l'année 2001, a pourtant sonné comme un
aveu d'échec dans le camp souverainiste, la question
nationale ne bénéficiant plus que d'un soutien
modéré parmi la population. Par ailleurs, en dépit
de trois victoires consécutives du Parti libéral
(1993, 1997, 2000) et du maintien du Premier ministre sortant
Jean Chrétien, les élections de novembre 2000
ont révélé la régionalisation de
plus en plus prononcée de la vie politique canadienne.