Né
le 17 janvier 1899
Décédé le 25 janvier 1947 (à l'âge
de 48 ans)
De nombreuses
inexactitudes ont été rapportées au sujet
d'Al Capone dans les journaux, les magazines, les livres et
les films. La plus fréquente est que, à l'instar
des gangsters de l'époque, il est né en Italie,
ce qui est complètement faux. Ce véritable tsar
du crime était un produit local, transformant la société
criminelle italienne en une entreprise purement américaine.
Plusieurs immigrants italiens sont arrivés en terre américaine
avec guère plus que ce qu'ils avaient sur leur dos, tout
comme la plupart des immigrants des autres nationalités.
La plupart étaient des paysans fuyant l'absence de possibilités
de l'Italie rurale. Une fois arrivés en Amérique,
ils finissaient comme ouvriers à cause de leur méconnaissance
de la langue et l'absence de formation professionnelle. Ce n'était
pas le cas de la famille Capone.
Gabriele
Capone, et non Caponi, fut parmi les 43 000 italiens arrivés
en sol américain en 1894. Barbier de profession et pouvant
lire et écrire dans sa langue maternelle, il venait du
village de Castellmarre di Stabia, situé au sud de Naples.
Agé de 30 ans, Gabriele est accompagné de sa femme
Teresina (aussi appelée Teresa), agée de 27 ans
et enceinte, et de ses deux fils : Vicenzo, deux ans, et Raffaele,
un poupon. Contrairement à plusieurs autres immigrants
italiens, il arrivait sans devoir son passage. Il prévoyait
travailler afin de pouvoir ouvrir son propre salon de barbier.
En compagnie
de plusieurs autres italiens, les Capone s'établirent
à Brooklyn, près du chantier maritime. L'appartement
du 95 Navy Street n'avait pas l'eau chaude, pas de toilette
intérieure ni de meubles et le voisinage était
loin d'être tranquille, à cause de la proximité
du chantier maritime. C'était un début austère
dans ce nouveau monde. Savoir lire et écrire permi au
père de famille de se trouver un emploi dans une épicerie
jusqu'à ce qu'il puisse ouvrir son salon de barbier.
Teresina faisait de la couture, afin de boucler les fins de
mois, en plus de s'occuper de la maison et de ses fils. Son
troisième enfant, Salvatore, naquit en 1895. Son quatrième
fils, le premier à être conçu et mis au
monde en Amérique, est arrivé le 17 janvier 1899.
Il fut prénommé Alphonse.
Mais qui
étaient ces deux personnes, elles qui ont donné
le jour à un criminel mondialement connu ? Lui ont-ils
transmis un gène violent dominant ? Un chromosome ayant
subi un mystérieuse mutation ? Alphonse fut-il abusé
? A-t-il passé son enfance au milieu de meurtriers et
voleurs ? La réponse à toute ces questions est
non. La famille Capone était tranquille, très
attachée aux valeurs tradditionnelles. Laurence Bergreen
explique dans sa biographie «Capone : The Man and the
Era» que la mère était renfermée
tandis que son mari en imposait plus du fait de sa grande taille
et de son charme. Tout comme son épouse, il était
très modéré, particulièrement pour
la discipline. Il ne frappait jamais ses enfants, préférant
la parole et les sermons. La méthode fonctionnait.
Rien dans
la famille Capone ne laissait présager ce qu'Alphonse
Capone allait devenir. Aucune violence, maladie mentale ou malhonêteté.
Parents et enfants étaient liés et aucun événement
traumatique aurait poussé les enfants vers la vie de
criminel. Aucun n'était psychotique ou psychopathe ni
même fou. Ils ne descendaient pas d'une lignée
de criminels. Ils étaient repectueux de la loi, une famille
italienne tout à fait ordinaire ne démontrant
pas un génie particulier pour le crime ou autre chose.
En mai 1906,
Gabriele est devenu citoyen américain. Bien qu'ils aient
conservé leurs noms italiens au sein de la famille, les
enfants Capone furent connu sous leur nom américain :
Vincenzo est devenu James ; Raffaele, Ralph ; Salvatore, Frank
et Alphonse est devenu Al. Plus tard, Amadeo Ermino (John),
Umberto (Albert John), Matthew Nicholas, Rose et Malfalda vinrent
compléter la petite famille.
Peu après
la naissance d'Al, Gabriele déménagea sa famille
dans un meilleur logement situé en haut de son salon
de barbier au 69 Park Avenue, à Brooklyn (et non pas
la huppée Park Avenue située à Manhattan).
Ce déménagement exposa Al à d'autres cultures
puisque le voisinage comprenait des irlandais pour la plupart,
mais aussi des allemands, suédois et chinois. Le contact
avec d'autres ethnies permis à Al une évasion
du milieu solidement lié et imperméable italien.
Il ne fait aucun doute que cette ouverture aida Al dans son
rôle de chef d'un empire criminel.
L'église
de la paroisse St-Micheal était située à
un coin de rue de la demeure des Capone et c'est son révérend,
le Père Garofalo, qui baptisa Al, alors agé de
quelques mois. L'atmosphère du quartier est décrite
dans le livre de John Kobler, «The Life and World of Al
Capone» : «La vie dans ce secteur, où Al
passa ses dix premières années, était dur
sans être ennuyant ; il s'y passait toujours quelque chose.
Des groupes d'enfants vêtus de guenilles amenaient une
vitalité explosive jouant au ballon balais, évitant
le trafic, se battant et se plaignant pendant que leurs mères
allaient et venaient du marché avec les provisions du
souper du soir. Des paniers de fruits et légumes étaient
alignés aux coins des rues, ce qui donnait de la couleur
et une odeur au quartier. Les escaliers de secours ornant les
appartements cliquetaient au passage des trains sur l'Avenue
Myrtle.»
À
l'âge de cinq ans, en 1904, Al fit son entrée à
l'école publique no 7 sur la rue Adams. Les attentes
scolaires face aux immigrants italiens étaient très
pauvres, le système scolaire ayant beaucoup de préjugés
face à ces enfants et faisant très peu d'efforts
afin de les encourager à étudier. D'un autre côté,
leurs parents les poussaient à travailler et rapporter
dès qu'ils en avaient la possibilité et l'âge.
Bergreen
décrit pour nous les conditions scolaires défavorables
réservées aux immigrants italiens : Les écoles,
comme celle fréquentée par Capone, n'offraient
aucun support aux petits italiens naturalisés en fait
d'intégration au style de vie américain. Les institutions
étaient rigides, suivaient des dogmes sévères
ou la force tenait souvent lieu de discipline. Le corps professoral
consistait souvent d'adolescentes catholiques irlandaises ayant
reçu une éducation dans les couvents. Il n'était
pas rare de retrouver une jeune fille de 16 ans, gagnant à
peine 600,00$ annuellement, enseigner à des jeunes ayant
un à deux ans de moins qu'elle. Les coups étaient
fréquents entre professeurs et élèves,
même lorsque les élèves étaient des
garçons et les professeurs des femmes. Pour Al Capone,
l'école représentait un milieu disciplinaire sévère
où la violence était la porte de sortie.
Al a très
bien réussi jusqu'en sixième année, où
tout a commencé à ce dégrader rapidement.
À l'âge de 14 ans, perdant patience envers l'enseignante,
elle le frappa et il la frappa à son tour. Il fut renvoyé
et ne remis jamais les pieds à l,école. Au même
moment, la famille déménagea au 21 Garfield Place.
Ce changement eut un impact certain sur Al puisque c'est dans
ce quartier qu'il fit la rencontre des deux personnes qui allaient
l'influencer le plus : sa femme Mae et le gangster Johnny Torrio.
À
quelques coins de rue de la maison familiale des Capone, un
petit édifice plutôt sobre servait de quartier
général à la plus prospère des gangs
de la Côte Est. Johnny Torrio était un gangster
de la nouvelle école, un pionnier de l'entreprise criminelle
moderne. Les talents organisationnels et administratifs de Torrio
ont donné une structure corporative à l'escrocquerie
pure et simple, amenant la prospérité à
toutes ses entreprises. Le jeune Capone a trouvé en Torrio
un mentor inestimable qui lui permis de poser les assises de
sa future entreprise criminelle qu'il allait établir
à Chicago.
Torrio était
chétif et appris à un très jeune âge
que sur la rue, l'esprit, l'ingénuosité et la
capacité de former des alliances étaient synonymes
de survie. Gangster et gentilhomme, il menait au grand jour
ses escrocqueries tout en gardant caché ses activités
liées à la prostitution et à la tenue de
maisons closes.
Torrio était
un modèle pour plusieurs jeunes du quartier. Capone,
à l'instar de plusieurs autres jeunes garçons,
gagnait son pécule en faisant des commissions pour Torrio.
Avec le temps, ce dernier en vint à avoir de plus en
plus confiance au jeune Al et lui confia de plus en plus de
responsabilités. Par ailleurs, Al fit ses classes en
observant la façon de faire du gangster et de son entourage.
Bergreen explique qu'une des leçon du maître fut
de mener une vie extérieure aux activités illégales
exempte de tous soupçons, de séparer sa vie personnelle
et professionnelle. Un peu comme si maintenir une vie personnelle
calme et exemplaire légitimisait les activités
criminelles. C'est cette hypocrisie, une seconde nature chez
Johnny Torrio, qu'il inculqua à Al Capone. En 1909, Torrio
déménagea à Chicago et Capone tomba sous
d'autres influences.
Les jeunes
immigrants de Brooklyn se tenaient avec les leurs (les juifs
avec les juifs, les italiens avec les italiens, les irlandais
avec les irlandais...). Ce n'était pas les gangs violentes
que nous connaissons aujourd'hui mais plutôt des groupes
de jeunes garçons d'un même quartier se tenant
ensemble. Capone était un dur qui fit partie des South
Brooklyn Rippers puis des Forty Thieves Juniors et des Five
Points Juniors. Comme le décrit John Kobler, les gangs
de rues représentaient une évasion, la liberté
et la soupape nécessaire à toute l'énergie
réprimée de ces jeunes. Les écoles et les
paroisses, qui auraient pu aider ces jeunes, n'avaient pas les
fonds pour le faire. De plus, peu d'écoles étaient
équipées d'un terrain de jeu ou d'un gymnase ou
même d'un programme d'activités parascolaires.
Ces jeunes formaient donc leur propre petit monde, à
l'écart et opposé à celui des adultes.
Avec à leur tête un garçon plus âgé,
ils avaient leur propre agenda : explorations, paris, petits
vols, vandalisme, expérimentations avec la cigarette
et l'alcool, rituels secrets, réunions grivoises, bagares
avec les bandes rivales.
Malgré
les relations d'Al avec les gangs de rues et Johnny Torrio,
rien ne laissait présager qu'il choisirait la voie du
crime. Vivant chez ses parents, il fit ce qui était attendu
de lui lorsqu'il quitta l'école : travailler et aider
à faire vivre la famille. La famille Capone était
prospère sous la férule de Gabriele. Le père
était propriétaire de son salon de barbier ; la
mère faisait des enfants, plusieurs garçons et
deux filles, dont une mourru en bas âge. Le seul hic dans
la vie tranquille de la famille fut lorsque Vincenzo (James)
parti vers l'Ouest en 1908.
Personne
alors ne pouvait croire qu'Al Capone deviendrait le tzar du
crime qu'il devint. Pendant près de six ans, il occupa
des emplois plutôt drabes, en premier dans une usine de
munitions puis comme coupeur de papier, et était considéré
comme un très bon employé. C'était un bon
garçon, bien élevé et sociable. Bergreen
raconte qu'Al n'était pas le genre à jouer avec
des armes ; il rentrait tous les soirs chez lui. Al était
un garçon affable, ayant une voix douce et n'ayant du
talent que pour la danse.
Comment
ce jeune garçon respectable à la voix douce est-il
devenu l'un des plus prospère et violent gangster ? Une
des raisons est la présence menaçante de Frankie
Yale. Originaire de Calabre, Francesco Ioele (appelé
«Yale») était craint et respecté.
L'opposé du pacifique et «respectable» Johnny
Torrio, Frankie Yale a bâti son empire à l'aide
de ses muscles et de l'agression. Yale ouvrit un bar à
Coney Island, le Harvard Inn, et engagea comme barman, sur les
conseils de Torrio, Al Capone. Ce dernier avait alors dix-huit
ans.
Capone occupait
plusieurs fonctions dans le bar : barman, videur (bouncer) et,
lorsque requis, serveur. Durant la première année,
il fut très apprécié par son patron et
les clients. Cela changea lorsqu'il servit à la table
d'un jeune couple. La jeune femme était très belle
et Capone n'y était pas indifférent. Il se pencha
vers elle et lui dit : «Chérie, vous avez un beau
cul et je vous en fait le compliment».
L'homme
qui accompagnait la dame n'était autre que son frère,
Frank Gallucio. Il se leva d'un bond et frappa celui qui venait
d'insulter sa sur. Capone devint enragé et Gallucio
sorti un couteau afin de se défendre. Il atteignit Capone
trois fois avant d'empoigner sa sur et de quitter prestement
l'établissement. Bien que la blessure guérit assez
rapidement, elle laissa des cicatrices qui allaient hanter Capone
jusqu'à la fin de ses jours.
L'insulte
de Capone causa un peu de tumulte. Gallucio alla voir Lucky
Luciano qui à son tour alla voir Frankie Yale. Ce dernier
rassembla tous ceux concernés afin de se faire justice.
Capone du présenter ses excuses à Gallucio et
appris par le fait même à se contrôler lorsque
nécessaire. Yale pris Capone sous son aile et lui montra
comment une entreprise peu prospérer grâce à
la violence. Yale était un homme violent, jamais à
cours d'idées qui devait sa prospérité
à ses gros bras. Selon Schoenberg, la spécialité
de Yale était l'extorsion ; prêts sur gages, tributs
de proxénètes et bookmakers et «protection»
des commerçants locaux. Yale avait besoin de fiers-à-bras
qui pouvaient non seulement blesser mais aussi tuer.
Quoique
Yale eut quelque ascendant sur le développement Capone,
il n'était pas le seul. À l'âge de dix-neuf
ans, il rencontra une jolie irlandaise appelée Mae Coughlin
de deux ans son ainée. Venant d'une famille de classe
moyenne aisée, il est fort probable que les parents de
la jeune femme n'ait pas nécessairement vu d'un bon il
leur relation. Ils se marièrent après la naissance
de leur premier enfant.
Albert Francis
Capone vit le jour le 4 décembre 1918 et eu pour parrain
Johnny Torrio. Bien que Sonny, nom sous lequel il fut connu
toute sa vie, soit né apparemment en bonne santé,
il était atteint de syphilis congénitale. Plusieurs
années plus tard, Al confia à son médecin
qu'il avait attrapé la syphilis avant son mariage mais
avait cru l'infection guérie. Avec une femme et un bébé
à faire vivre, Al mis ses énergies sur un emploi
respectable. Il quitta Frankie Yale et déménagea
à Baltimore où il occuppa un emploi de comptable
pour la firme de construction de Peter Aiello. Digne de confiance,
intelligent et habile avec les chiffres, Al réussit très
bien.
Du jour
au lendemain, Al changea du tout au tout lorsque son père
mourru le 14 novembre 1920 d'une maladie cardiaque à
l'âge de cinquante-cinq ans. Selon Bergreen, la mort de
son père mit fin à la carrière légale
de Capone. Toujours selon Bergreen, il est possible que la disparition
soudaine de l'autorité parentale amena le jeune Capone
à abandonner sa carrière de comptable ainsi que
son aura de respectabilité. Il reprit contact avec Johnny
Torrio qui avait, au cours des années précédentes,
étendu son empire criminel avec les yeux d'un visionnaire.
Torrio avait laissé le quartier chaud de Brooklyn pour
Chicago, plus ouverte. Les possibilités étaient
énormes : gambling, bordels et... la contrebande d'alcool.
Torrio invita
Capone à le joindre à Chicago et, début
1921, celui-ci accepta. Armé de ses connaissances en
affaires et des manières brutales de Frankie Yale, Capone
avait tout pour réussir une carrière criminelle.
Chicago était l'endroit rêvé pour bâtir
un empire criminel. C'était une ville tapageuse, batailleuse
et où l'alcool coulait à flot, ouverte à
quiconque avait assez de billets verts pour l'acheter. Reprenant
les mots d'un de ses meilleurs journalistes, Chicago était
vibrante et violente, stimulante et sans pitié, intolérante
envers la suffisance, impatiente envers ceux physiquement ou
psychologiquement timides. Ville sanguinaire et brutale, des
millions de vaches, porcs et moutons étaient massacrés
par des hommes pataugeant dans le sang répandu. C'était
une ville strictement commerciale qui n'avait aucun intérêt
pour le snobisme ou le vieil argent.
La corruption
était une tradition créant une atmosphère
d'illégalité dans laquelle le crime était
à son aise. Chicago se fit connaître grâce
à sa richesse et sa promiscuité sexuelle. Lorsque
Al Capone arriva en 1920, le commerce de la chair était
en phase de devenir la principale activité du crime organisé.
Le chef des affaires était «Big Jim» Colosimo
et sa femme et partenaire, Victoria Moresco, une tenancière
ayant bien réussi. Leurs bordels rapportaient en moyenne
50 000$ par mois.
Big Jim
était propriétaire du Colosimo Cafe, une des boîtes
de nuit les plus populaire de la ville. Personne ne se souciait
de ses activités de proxénétisme. Cela
ne l'empêcha pas de se mêler aux riches. Enrico
Caruso et l'avocat Clarence Darrow comptaient parmi ses fidèles
clients. Big Jim, avec de gros diamants à chaque doigt
ainsi que sur ses ceintures, était le véritable
produit de Chicago : beau, généreux, voyant, plus
grand que nature. Alors que son empire grandissait, Big Jim
fit appel à Johnny Torrio, que la réputation avait
précédé. Ce fut la meilleure décision
car Torrio permit l'expansion de son empire sans attirer l'attention.
Torrio était un homme d'affaires sérieux, n'ayant
aucun intérêt pour les aventures extra-maritales.
Tout le contraire de Big Jim, Torrio ne buvait pas, ne fumait
pas, ne jurait pas et restait fidèle à sa femme,
Ann.
La perte
de Big Jim fut une jolie chanteuse dont il tomba amoureux. Il
divorça de Victoria et épousa la chanteuse rapidement.
La nouvelle de la folie de Colosimo rejoignit Brooklyn où
Frankie Yale profita de l'occasion pour s'approprier de l'empire
de Big Jim. Le 11 mai 1920, Yale assassina Big Jim dans sa boîte
de nuit. Bergreen décrit ce qui fut les premières
funérailles de gangster à Chicago : les derniers
rites furent une affaire criarde plus appropriée à
un politicien ou à une vedette de cinéma. Ce fut
un événement où prêtres et policiers
hauts gradés se présentèrent afin de célébrer
la mémoire de quelqu'un qu'ils étaient supposés
condamner. Colosimo était reconnu mondialement comme
de premier proxénète de Chicago ; trois juges,
un membre du congrès, un assistant procureur ainsi que
neuf conseillers portèrent son cercueil.
La police
finit par découvrir l'identité du meurtrier, qui
fut arrêté à New-York. Cependant, le seul
témoin était un serveur qui refusa de témoigner
contre Frankie Yale. Ce dernier, bien qu'ayant réussi
à éviter l'accusation, ne réussi pas à
s'emparer de l'empire de Colosimo puisque Torrio garda bien
solidement les rênes de l'empire qu'il avait bâti
pour Big Jim. La prohibition aidant, Torrio se retrouva à
la tête de milliers de maisons closes, maisons de paris
et bars clandestins.
C'est dans
ce vaste empire criminel que Torrio fit venir un jeune Capone
de 22 ans, qui jusqu'alors occupait les fonctions honorables
de comptable à Baltimore. Bien que l'argent et les possibilités
d'avancement soient plus grandes à Chicago, Al était
dérangé par la disgrâce reliée à
la direction de maisons closes. On était en 1921 et Al
avait à jamais tourné le dos à la respectabilité.
Grâce à ses talents en affaires, Al devint rapidement
l'associé de Torrio plutôt qu'un employé.
Al prit
la gérance du Four Deuces, alors le quartier général
de Torrio. Cet établissement avait l'avantage d'être
à la fois un bar clandestin, maison de paris et maison
close. Peu après, Ralph vint rejoindre son frère
au sein de l'empire de Torrio. Au même moment, Al s'associa
avec un homme qui allait être un ami toute sa vie durant,
Jack Guzik. Étonnament, la grande famille de Guzik, bien
que d'origine juive orthodoxe, gagnait sa croute grâce
à la prostitution. Ayant un style de vie plus près
de celui de Torrio, Guzik joua le rôle du grand frère
de Capone. Ce dernier prouva encore une fois sa capacité
à sortir de la communauté italienne comme il l'avait
fait en épousant une irlandaise puisque son meilleur
ami était juif. Son absence de préjugés
et ses alliances à l'extérieur de la communauté
criminelle italienne se sont avérés inestimables
pour son avenir.
Plutôt
aisé financièrement, Al se porta acquéreur
d'une maison dans un quartier chic, soit au 7244 Prairie Avenue.
Il y fit venir non seulement Mae et Sonny mais aussi sa mère
et ses frères et soeurs. Soucieux de sa respectabilité,
Al se fit connaître de ses voisins comme un revendeur
de meubles de seconde main. Bergreen est convaincu que la maison
sur Prairie Avenue ainsi que Mae et Sonny représentaient
son désir de se racheter. Bien que comptant sur les faiblesses
d'autrui pour s'enrichir, sa réputation et son standing
dans la communauté représentaient une priorité
pour lui. Plus il avançait dans le monde interlope, plus
il idôlatrait sa famille, un peu comme si leur innocence
prouvait qu'il n'était pas le monstre que les journaux
ont décrit plus tard.
Tout demeura
relativement calme entre les nombreux gangs qui ont mis sur
pied le système d'escrocqueries à Chicago, et
ce pendant les années qui suivirent l'arrivée
de Capone. Le vent tourna lorsque William E. Dever succéda
au maire corrompu «Big Bill» Thompson avec en tête
de réformer l'administration municipale. Sous sa direction,
il devint de plus en plus compliqué de distribuer des
pots-de-vin et ainsi compter sur la protection que ces derniers
apportaient. Torrio et Capone décidèrent donc
de déménager le gros de leurs opérations
dans la banlieue de Cicero, où l'administration et la
force policière pouvaient être achetées.
Peu après
l'ouverture d'une maison close à Cicero, Torrio ramena
sa mère en Italie, laissant à Capone les rênes
de l'entreprise à Cicero. Ce dernier donna des indications
claires à l'effet qu'il voulait conquérir l'ensemble
de la ville. Pour ce faire, il plaça son frère
Frank (Salvatore), alors un jeune homme de 29 ans beau et respectable,
en charge des communications avec les autorités. Frank
devait, comme première tâche, ouvrir un bordel
destiné à la classe ouvrière de la ville,
le Stockade. Al concentra ses efforts sur les paris et s'intéressa
de près à une maison de paris récemment
ouverte, appelé le Ship. Il prit aussi le contrôle
des piste de courses Hawthorne.
La conquête
de la Ville par Capone se fit majoritairement sans opposition,
si ce n'est de Robert St-John, un jeune et fougueux journaliste
au Cicero Tribune. Chaque parution dévoilait un des racquets
opéré par Capone et les éditoriaux eurent
assez d'effet pour faire peur aux candidats financés
par Capone en vue de l'élection primaire de 1924. Le
jour de l'élection, les choses se dégradèrent
lorsque les hommes de Capone kidnappèrent les employés
électoraux des opposants et menacèrent de violence
les électeurs. Pour parer à cette violence, le
chef de police de Chicago rassembla 79 policiers équipés
de fusils de chasse. Les policiers, habillés en civils,
se dirigèrent vers Cicero à bord de voitures fantômes
soit disant pour protéger les travailleurs de l'usine
Western Electric.
Frank Capone
venait de terminer les négociations pour une location
lorsque le convoi de policiers le croisa. Il fut reconnu et
les policiers se ruèrent sur lui. En quelques secondes,
le corps de Frank fut criblé de balles. La police classa
l'affaire comme légitime défense puisque Frank
avait sorti son révolver à la vue des policiers
armés venant vers lui. Al répondit en faisant
escalader la violence d'un cran : il kidnappa des officiels
et vola des boîtes de scrutin ; un officiel fut tué.
Lorsque tout fut terminé, Capone avait gagné l'élection
mais le prix de cette victoire allait le hanter toute sa vie
durant.
Les funérailles
de Frank Capone furent un modèle d'opulence. Les fleurs
à elles seules, fournies par un autre escroc, le fleuriste
Dion O'Banion, avaient couté 20 000 dollars. Bien que
somptueuses, les funérailles de Frank furent différentes
de celles de Big Jim Colosimo. Selon Bergreen, le parfum des
fleurs, quoiqu'appaisant, ne réussissait pas à
améliorer l'ambiance générale. L'ambiance
festive des funérailles de Colosimo faisait défaut,
un peu à cause de la jeunesse de Frank qui rendait l'événement
tragique : les plaintes étouffées remplaçaient
les chants. Collins, le chef de police de Chicago, avait dépêché
des policiers en observateurs, ceux-là même qui
avait abattu Frank Capone. Al Capone s'est retenu de déclarer
la guerre au département de police.
La retenue
de Capone dura presque cinq semaines, jusqu'à ce que
Joe Howard, un petit gangster, s'en prit à Guzik lorsque
celui-ci lui refusa un prêt. L'affaire parvint à
Capone et celui-ci traqua Howard dans un bar. Howard fit l'erreur
d'insulter Capone qui l'assassina. William H. McSwiggin, avocat
réputé pour obtenir des condamnations, jeta son
dévolu sur Capone sans toutefois réussir à
le faire condamner puisque les témoins avaient la mémoire
défaillante. Capone s'en tira mais la publicité
entourant la cause lui apporta une notoriété qu'il
n'avait encore jamais eue. Il s'était détaché
du modèle de discrétion de Torrio à jamais.
À
l'âge de 25 ans, quatre ans seulement après son
arrivée à Chicago, Capone était devenu
l'homme à abattre. Riche, puissant et maître de
la ville de Cicero, il était la cible des hommes de loi
et des gangsters. Capone était conscient que les prochaines
grandes funérailles auxquelles il assisterait pourraient
très bien être les siennes. La paix fragile entre
les gangs que Torrio avait bâti avait disparu avec la
prohibition. Les meurtres entre gangsters étaient devenus
une épidémie.
Bien que
le nom de Capone soit souvent lié à ces meurtres,
le fait est que plusieurs autres gangsters que Torrio et Capone
tentaient de tenir tranquilles en étaient responsables.
Un bon exemple est Dion O'Banion, fleuriste et contrebandier
d'alcool. Schoenberg le décrit comme un homme possédant
l'amabilité perpétuelle d'un jeune garçon.
Dion ne passait jamais pour un dur. Son habitude de qualifier
même ses enemis des «bon gars» démontrait
une courtoisie et une mentalité de bon vivant bien ancrées.
Il était toujours souriant, sourire que seuls trahissaient
des yeux d'un bleu glacial. Distribuant sans se fatiguer poignées
de main et tapes dans le dos, il faisait attention de toujours
se garder une main libre prête en tout temps à
se rendre dans une des trois poches à révolvers
cousues à même ses vêtements.
O'Banion
était reconnu pour ses comportements bizarres comme abattre
un homme au milieu d'une foule pour la moindre des raisons puis
d'assassiner un homme après l'avoir rencontré
à l'intérieur du Four Deuces, entraînant
par le fait même Capone inutilement dans une enquête
pour meurtre. Il devenait évident qu'il allait falloir
faire quelque chose pour contrer le comportement impulsif, irresponsable
et enfantin de Dion O'Banion.
Le plus
gros problème était l'antipathie entre les alliés
de Capone et Torrio : Dion et les frères Genna, amis
proches de Torrio. La chicane débuta lorsque les frères
Genna commencèrent à vendre de l'alcool tord-boyau
aux clients de O'Banion. Bien que ses revenus provenant de la
vente de bière n'en furent pas affectés, il s'agissait
d'une question de principes pour lui. Il riposta en détournant
un plein camion d'alcool des frères Genna ; Torrio se
demandait comment il allait préserver la paix.
O'Banion
offrit une porte de sortie à Torrio : il allait partir
au Colorado si Torrio reprenait ses parts dans la brasserie
Sieben. Sachant fort bien qu'une descente allait y avoir lieu,
O'Banion se dépêcha de conclure l'entente. Non
seulement Torrio se retrouva-t-il en prison mais O'Banion refusa
de rembourser ce dernier pour une brasserie maintenant cadenassée.
Mais plus grave encore, O'Banion se vanta d'avoir floué
Torrio. Son sort était décidé.
Mike Merlo,
tête dirigeante de l'Union sicilienne de Chicago (un groupe
offrant une protection nationale aux gangsters de l'époque),
fut emporté par le cancer. Des funérailles à
sa mesure furent planifiées dans lesquelles Dion, le
fleuriste attitré des gangsters, avait un grand rôle.
Frankie Yale, à la tête de la puissante branche
newyorkaise, Torrio et Capone s'entendirent sur le fait que
Angelo Genna, que Dion venait d'humilier avec une dette de jeu,
prendrait la relève à la tête de la branche
de Chicago.
Deux jours
après la mort de Merlo, le 10 novembre 1924, Dion préparait
des fleurs pour les funérailles lorsque trois gangsters
entrèrent dans son magasin. L'employé laissa les
quatre hommes seuls. Attendant leur visite pour récupérer
une couronne de fleurs, O'Banion les salua et tendit sa main.
Un des hommes tira son bras et lui fit perdre l'équilibre.
L'employé entendit six coups de feu et accouru afin de
porter secours à son patron qui gisait au milieu de son
sang. Les trois hommes avaient disparu. Il semble certain que
deux des trois hommes étaient les dangeureux assassins
siciliens John Scalise et Albert Anselmi quiqu'il y ait confusion
quant à l'identité du troisième : Frankie
Yale, en ville pour assister aux funérailles de Merlo
ou Mike Genna. Aucun des présumés assassins furent
accusés.
Les funérailles
de Dion O'Banion furent prodigieuses. Le Chicago Tribune apprécia
chaque détail criard : des poteaux en argent magnifiquement
sculptés se retrouvent au quatre coins du cercueuil ;
celui-ci est un modeste cercueuil de couleur argent, orné
d'anges prostrés, tenant 10 chandelles allumées
dans leurs mains, aux pieds et à la tête du cercueuil.
Sans oublier le parfum des fleurs... Au parfum des fleurs se
mêlait les fragrances portées par les femmes, portant
de la fourrure des pieds à la tête, descendant
l'allée au bras de gentilhommes élégament
vêtus de noir. On estime à près de 10 000
personnes ont accompagné le cortège funèbre
pendant que 5 000 attendaient au cimetière. Vingt-six
autos et camions transportaient les fleurs, trois orchestres
ainsi que l'escorte policière.
L'enterrement
de Dion fut une célébration pour Torrio et Capone
; ils se retrouvaient à la tête d'un territoire
de contrebande très lucratif en plus de s'être
débarrassé d'un collègue pouvant s'avérer
dangeureux. Ce qu'il n'ont pas apprécié, ce sont
les répercussions de la mort de Dion et les conséquences
pour eux-même. Alors que la police tentait d'élucider
ce meurtre, l'ami de Dion O'Banion, «Hymie» Weiss,
savait parfaitement qui en était responsable et avait
juré de se venger.
À
partir de ce moment, les enemis de Capone et Torrio portaient
le nom de «Hymie» Weiss et Bugs Moran, un autre
associé de Dion. Le véritable nom de Weiss était
Earl Wajciechowski ; le surnom de Hymie lui est venu par hasard
et le faisait passer pour un gangster juif alors qu'il était
un catholique très pratiquant. Quant à Georges
Moran, c'était un homme aussi instable que violent qui
acquit le surnom de Bugs parce que tous le croyait fou («buggy»).
Torrio craignait tant pour sa vie qu'il décida de quitter
Chicago pour un temps. Il mit le cap sur Hot Springs, en Arkansas.
Capone était aussi effrayé si bien qu'il prit
tous les moyens possibles et imaginables afin d'assurer sa sécurité,
ce qui n'empêcha pas les anciens collègues de Dion
O'Banion d'attenter une douzaine de fois à sa vie.
Bergreen
décrit l'effet des menaces sur la façon de faire
de Capone. Bien que ce dernier ne soit pas armé du fait
de son statut, il ne se déplaçait qu'accompagné
de deux gardes du corps, un de chaque côté. À
l'exception de sa demeure sur South Prairie Avenue, il n'était
jamais seul. Il ne voyageait qu'en voiture, entre deux gardes
du corps et conduit par un chauffeur de confiance armé
nommé Sylvester Barton. Il préférait voyager
à la faveur de la nuit, ne voyageant le jour que lorsque
c'était absolument nécessaire.
En janvier
1925, 12 jours après la dernière tentative de
meurtre contre Capone par le duo Weiss-Moran, Johnny Torrio
revint à Chicago. Lui et sa femme venaient à peine
de revenir de faire des courses et se rendaient à la
porte de leur bloc appartement. Torrio se trouvait derrière
sa femme et portait les sacs. Weiss et Bugs Moran surgirent
alors d'une voiture et, pensant que Torrio se trouvait encore
dans la sienne, tirèrent furieusement vers la voiture,
blessant le chauffeur. Lorsque finalement ils apperçurent
Torrio, il l'atteignirent à la poitrine et au cou, puis
au bras droit et à l'aine. Moran pointa son arme sur
la temple de Torrio et appuya sur la gachette ; n'ayant plus
de balles, le pauvre Johnny Torrio n'entendit qu'un faible clic.
À
l'hôpital, Capone prit les affaires en main alors que
les chirurgiens retiraient les balles du corps de Torrio. La
sécurité défaillante des hôpitaux
rendant l'endroit dangeureux pour un gangster, Capone se chargea
lui-même de la sécurité, dormant même
sur un lit de fortune dans la chambre de Torrio afin de s'assurer
que son mentor était bien protégé. Quatre
semaines plus tard, Torrio surpris tout le monde en apparaissant
en cour afin de répondre aux accusations concernant la
descente à la Sieben Brewery. Frêle et secoué,
il plaida coupable et fut condamné à neuf mois
de prison. Ça aurait pu être pire ; il se lia d'amitié
avec le shérif et celui-ci s'assura qu'aucune tentative
de meurtre ne se produise durant son incarcération. Torrio
fut traité comme un gentleman privilégié.
Les choses
allaient cependant changer pour Torrio. Il ne voulait plus de
la vie de gangster, préférant prendre sa retraite
et vivre une vie tranquille grâce aux revenus substanciels
qu'il générait. Il fit venir Al à la prison
de Waukegan en mars 1925 et lui annonça qu'il quittait
Chicago et partait vivre à l'étranger. Torrio
léguait à Capone ainsi qu'aux frères Capone
toutes ses possessions. C'était un leg de grande envergure
: boîtes de nuit, maisons closes, maisons de paris, brasseries
et bars clandestins. Le pouvoir de Capone venait de s'étendre
immensément.
Peu après
avoir pris le contrôle de l'empire de Torrio, un changement
se remarqua chez Al Capone. Il était devenu une force
majeure dans le monde interloppe de Chicago. Afin de démontrer
sa montée, Capone déménagea son quartier
général au Métropole Hotel. La suite luxueuse
de cinq pièces qu'il occupait coûtait 1 500$ par
jour. Il passa d'une relative obscurité à une
visibilité cultivée. Son amitié avec l'éditeur
de journaux Harry Read lui fit comprendre qu »il devait
dorénavant agir comme le personnage important qu'il était
devenu. Read lui suggéra de se montrer au grand jour
et d'être aimable. Capone se fit voir à l'opéra,
aux réunions sportives et dans les oeuvres charitables.
Il était un membre influent de la communauté ;
aimable, généreux, ayant réussi, approvisionnant
une horde de clients assoiffés. À une époque
où la majorité des adultes consommaient de l'alcool
de contrebande, le contrebandier avait une aura de respectabilité.
Selon Bergreen,
se montrer sous un jour favorable n'était que la première
moitié du travail. La deuxième moitié concernait
l'influence politique. C'est pour cette raison que presque tous
les jours Capone se rendait au complexe qui habritait à
la fois l'Hôtel de Ville et les bureaux du comté.
Il fit tout en son pouvoir pour se rendre disponible et passer
pour un homme sans peur. Il était toujours habillé
élégamment, effacé, un homme gravitant
dans la sphère politique. Son flair et sa propension
à être vu en public n'étaient pas usuel
parmi les contrebandiers qui, habituellement, fuyaient la publicité
comme la peste.
En décembre
1925, Capone amena son jeune fils à New York afin de
le faire opérer pour un problème chronique d'infections
aux oreilles. Al était dévoué envers son
fils unique et la santé chancelante de ce dernier l'inquiétait
grandement. Capone profita de sa visite à New York pour
conclure des ententes avec son ancien patron, Frankie Yale.
Il s'agissait d'importation de whisky, rare parce qu'importé
du Canada. Il était plus facile pour Yale de faire venir
du whisky à New York que pour Capone à Chicago,
ce qui faisait que Yale avait un surplus à écouler.
Ils firent le nécessaire pour approvisionner Chicago,
Capone devant se débrouiller pour le transport. Yale
invita Al à la fête de Noël se tenant à
l'Adonis Social and Athletic Club, nom honorable pour ce qui
était en fait un bar clandestin de Brooklyn. Yale appris
que la fête allait être interrompue par un gangster
rival, Richard «Peg-Leg» Lonergan, accompagné
de ses gros bras. Yale voulu annuler la fête mais Capone
insista pour que tout se déroule comme prévu.
Capone avait
prévu une surprise ; lorsque Lonergan et sa suite se
présentèrent vers 3 heures du matin, ils étaient
saouls et bruyants. Capone fit un signe et la foire commença.
Lonergan et ses acolytes n'eurent même pas le temps de
dégainer tant l'attaque les avait surpris. Le massacre
de l'Adonis n'était qu'une pratique sur un ancien terrain
de jeu. C'était aussi une manière de démontrer
la supériorité des manières de Chicago
sur celles de New York. «Chicago est la ville impériale
des gangsters tandis que New York fait figure de province lointaine»,
écrit Alva Johnston dans le New Yorker. À Chicago,
la bière a transformé le chef d'une bande de gansters,
de tireurs et de gros bras en p-dg d'une entreprise d'envergure
nationale et internationale. La vraie bière, tout comme
l'eau potable et le téléphone, est un monopole
naturel. Johnston continua ensuite en traçant le portrait
d'Al Capone comme étant le plus grand chef des gangsters
de l'histoire.
De retour
à Chicago au début de 1926, Capone était
d'excellente humeur. Non seulement avait-il laissé sa
marque à New York mais le marché conclu pour le
whisky avait changé le monde du transport entre les États.
Les jeunes hommes ayant le goût pour l'aventure et un
besoin d'argent gagnaient très bien leur vie comme transporteurs
pour Al Capone. Au printemps 1926, la bonne fortune de Capone
tourna. Le 27 avril, Billy McSwiggin, l'avocat qui avait tenté
de faire condamner Capone en 1924 pour le meurtre de Joe Howard,
fut impliqué dans un accident. Il quitta la maison de
son père, un détective expérimenté
de Chicago, pour aller avec «Red» Duffy jouer aux
cartes dans un des établissements de Capone. Un contrebandier
du nom de Jim Doherty les à bord de sa voiture.
La voiture
de Doherty tomba en panne et ils montèrent à bord
de la voiture d'un autre contrebandier, «Klondike»
O'Donnell, ennemi juré de Capone. Les quatre irlandais
décidèrent d'aller boire à Cicero en compagnie
du frère de Klondike, Myles O'Donnell. Ils se retrouvèrent
dans un bar à proximité du Hawthorne Inn où
Capone était en train de souper. Le passage d'O'Donnell
à Cicero était en une insulte territoriale. Capone
et ses hommes, ignorant la présence de McSwiggin, attendirent
à l'extérieur dans leurs voitures que les quatre
hommes sortent du bar. Lorsque le moment arriva, ils sortirent
leurs mitraillettes ; McSwiggin et Doherty furent mortellement
atteint.
Le blâme
se porta sur Capone. Malgré le fait que McSwiggin se
soit trouvé en compagnie de contrebandiers, la sympathie
se tourna vers lui. Il y eu un mouvement contre la violence
des gangsters et le sentiment public se tourna contre Capone.
Bien que tous à Chicago savaient qu'Al Capone était
responsable, aucune preuve ne put être trouvée
et l'échec de l'enquête visant à porter
des accusations fut une tache pour les officiels de la ville.
La police se vengea sur les maisons closes et les bars clandestins
de Capone, qui furent l'objet de descentes et d'incendies.
Capone disparu
de la circulation pendant les trois mois d'été.
Supposément, plus de 300 détectives le recherchèrent
dans tout le pays, au Canada et même en Italie. En fait,
Capone trouva refuge en premier chez un ami à Chicago
Heights puis, pour la plupart du temps, chez des amis à
Lansing, au Michigan. Les trois mois passés caché
marquèrent à jamais Al. Il commença à
se percevoir comme plus qu'un contrebandier ayant réussi,
mais comme une source de fierté pour la communauté
italienne, un bienfaiteur généreux ainsi qu'un
important réparateur pouvant aider les autres. Ses opérations
de contrebande employaient des miliers de personnes, plusieurs
étant de pauvres immigrants italiens. Sa générosité
faisait figure de légende à Lansing. Bien que
la plupart de ses idées étaient le fruit de son
égo grandissant, Capone était un gestionnaire
doué et avait la capacité d'utiliser ses pouvoirs
afin d'en faire bénéficier la communauté.
Il pensait sérieusement à se retirer de la vie
criminelle et violente.
Ne pouvant
se cacher éternellement, il planifia une rentrée
calculée mais risquée. Il négocia sa reddition
avec la police de Chicago. C'était le premier pas vers
la nouvelle vie à laquelle il se destinait : suite à
l'abandon des accusations de meurtre déposées
contre lui, il utiliserait sa vaste fortune pour financer des
entreprises légitimes et devenir ainsi le héros
de la communauté italienne. Le 28 juillet 1926, Capone
se rendit aux autorités afin de répondre du meurtre
de McSwiggin. Ce fut une bonne décision puisque la police
n'avait pas assez de preuves pour le citer à procès.
Après tout le tapage fait autour de l'affaire par la
population et les efforts des autorités policières,
Al Capone était un homme libre. Les policiers, quant
à eux, faisaient figure d'incapables.
Capone,
en accord avec son nouveau rôle de pacificateur, fit une
dernière tentative afin de conclure une alliance avec
Hymie Weiss malgré une tentative de meurtre récente.
Il lui proposa un marché très lucratif en échange
de la paix, que Weiss s'empressa de refuser. Le lendemain, Hymie
était abattu à l'âge vénérable
de 28 ans. La population de Chicago en avait assez de lire sur
de la violence des gangs et les journaux alimentaient leur hargne.
Capone tint une «conférence de la paix» au
cours de laquelle il demanda aux autres contrebandiers de mettre
un frein à cette violence. «Il y a assez d'occasions
d'affaires pour nous tous sans que nous soyons obligés
de s'entretuer comme de vulgaires animaux. Je ne veux pas finir
dans la rue troué par les balles d'une mitraillette.»
Capone avait convaincu l'assemblée. À la fin de
la réunion, une amnistie avait été négociée.
Deux points majeurs étaient à souligner : premièrement,
il n'y aurait plus de meurtres ni de raclées et deuxièmement,
les meurtres passés ne seraient pas l'objet de vengeance.
Personne relié à la contrebande ne fut tué
pendant plus de deux mois après la conférence.
En janvier
1927, le cadavre d'un des meilleurs amis de Capone nommé
Theodore Anton ou «Tony the Greek» fut découvert.
Capone était inconsolable et commença à
penser de plus en plus sérieusement à la retraite.
Il invita un groupe de journalistes chez lui pour un souper
spaghettis afin de leur annoncer sa décision. Était-il
sérieux ou jouait-il la comédie ? Il était
probablement sérieux sur le fait de prendre sa retraite
avant de se retrouver avec une balle dans la tête mais
sa soif de pouvoir et d'aventures repoussait la date réelle
de sa retraite.
Avec l'échec
des réformes du maire Dever, la montée de Chicago
au rang de cité impériale du crime fut la principale
plate-forme électorale des élections de 1927.
«Big Bill» Thompson, aidé par les énormes
moyens financiers du crime organisé, reprit le pouvoir.
Il apparaissait que les criminels auraient la ville en leur
possession à tout jamais. Toutefois, quelques nuages
se profilaient à l'horizon et allaient produire un impact
majeur sur la ville de Chicago, sur la contrebande et sur Capone.
En mai 1927, la Cour Suprême ordonna à Manny Sullivan,
contrebandier de son état, de produire une déclaration
de revenus provenant de la contrebande et de payer ses taxes.
Le fait qu'une telle déclaration amenait la personne
à s'auto-incriminer n'était nullement inconstitutionel.
Grâce à la décision Sullivan, l'unité
spéciale du fisc dirigée par Elmer Irey pouvait
s'attaquer à Al Capone.
N'ayant
pas pris connaissance par manque d'intérêt de Manny
Sullivan ou Elmer Irey, Capone devint de plus en plus extroverti
et expansif. Il se lança à fond dans ses deux
passions : la musique et la boxe. Il se lia d'amitié
avec Jack Dempsey mais leur relation resta discrète afin
d'éviter les soupçons de combats arrangés.
Ayant toujours aimé l'opéra, Capone s'intéressa
de plus près au jazz. Avec l'ouverture du Cotton Club
à Cicero, Al devint producteur de jazz, attirant et produisant
les meilleurs musiciens noirs de jazz de l'époque. Al
ne semblait pas, comme les autres gangsters italiens, avoir
des idées raciste et gagna le respect et la confiance
de la plupart de ses musiciens. Capone démontrait sa
générosité et se souciait de tous ceux
qui travaillaient pour lui, peu importe la couleur de leur peau.
Bergreen
décrit la façon avec laquelle Al s'imisçait
dans la vie de ses proches : il ne les dominait pas en criant,
en les écrasant ou en les intimidant, quoique la menace
de la violence physique soit toujours présente, mais
en allant chercher à l'intérieur de quelqu'un,
s'intéressant à ses désirs et à
ses inspirations. En les valorisant, il obtenait en retour la
loyauté, essentielle pour Capone. La loyauté représentait
sa seule assurance de rester en vie. Le meilleur compliment
que les autres pouvaient lui faire était de se déclarer
ami puisque cela signifiait qu'ils ne se préoccuppaient
pas de sa réputation scandaleuse, ou de ses activités
comme proxénète et meurtrier. «Rendre un
service public est mon but.» Telle est ce que Capone affirma
aux journalistes à l'approche de Noël. «Près
de 90% des habitants de Chicago boivent et jouent. J'essaie
de leur servir de l'alcool de bonne qualité et des jeux
équitables. Cependant, je ne suis pas apprécié
puisque je suis perçu à travers le monde comme
un gorille millionnaire.» L'exposition devenait une nuisance.
Lorsqu'il fit un voyage en Californie, la police le suivit pas
à pas. Un des meilleurs détective de Los Angeles
déclara qu'il n'y avait pas de place pour Capone ou pour
tout autre gangster, que ce soit pour un voyage d'agrément
ou non.
Lorsque
Capone revint à Chicago, il se retrouva cerné
par six policiers de Joliet, prêts à tirer. Les
policiers s'étaient donné le mot afin de lui rendre
la vie aussi dure que possible. Ils cernaient sa maison et l'arrêtaient
à la moindre provocation.
Capone alla
à Miami, où la température était
plus clémente, mais la communauté locale lui fit
une réception glaciale. Accompagné de sa femme
et de son fils, il loua une immense maison pour l'hiver et se
mit en quête d'une résidence permanente. Avec l'aide
d'un intermédiaire, Capone acheta une maison de style
espagnol de 14 pièces sise au 93 Palm Island, maison
qui avait été bâtie par le brasseur Clarence
Bush. Durant les mois qui suivirent, il y investi une petite
fortune en décoration, transformant la maison en forteresse
avec des murs en béton et de lourdes portes en bois.
Le domaine
sur Palm Island vint à l'attention d'Elmer Irey, de la
brigade spéciale du fisc. Ce dernier confia à
Frank J. Wilson la tâche de documenter les revenus et
les dépenses d'Al Capone. C'était un travail colossal
: malgré les dépenses folles, tout était
transigé à l'aide d'intervenants et en argent
comptant. La seule exception consistait en la maison de Palm
Island dont la seule possession démontrait une source
de revenus majeure.
En même
temps, George Emmerson Q. Johnson fut nommé procureur
général de Chicago. Johnson s'attaqua passionnément
à Capone. À l'aube des élections primaires
d'avril 1928, la violence devint hors de contrôle. Johnson
lui-même fut l'objet de menaces à la bombe. Il
n'est pas clair qui orchestrait le tout mais cette fois, ce
n'était pas les gangsters qui étaient les victimes
mais le sénateur Charles Deneen, un juge et réformateur.
Le maire Bill Thompson, extrèmement corrompu, était
présumé responsable puisque les victimes étaient
ses adversaires, mais le bouc-émissaire fut Capone, alors
en Floride.
Pendant
que Mae Capone s'occupait à redécorer leur demeure,
Al occupa le printemps 1928 à s'établir en temps
que citoyen légitime de Miami. Malgré l'apparence
extérieure de respectabilité, Al planifiait la
résolution des problèmes pressants causés
par son ancien patron, Frankie Yale. L'entente concernant l'envoi
d'alcool était trop souvent détournée et
Capone soupçonnait Yale d'en être responsable.
Al fit venir
en Floride six de ses patenaires de Chicago afin de décider
de la marche à suivre concernant Yale. «Vers le
milieu de l'après-midi du dimanche 1er juillet, Frank
Yale, ses cheveux noirs et sa peau foncée tous deux rehaussés
par un chapeau Panama et un complet d'été de couleur
gris clair, buvait dans un bar clandestin de Borough Park lorsqu'il
fut demandé au téléphone. Il raccrocha
prestement et rejoignit rapidement sa voiture stationnée
tout près. Quelques minutes plus tard, sur la 44ième
rue, une berline noire lui barra la route à l'intérieur
d'une courbe. Une pluie de balles provenant de plusieurs armes,
soit des révolvers, fusils tronçonnés et
mitraillettes, le clouèrent sur son siège. C'était
la première fois que la mitraillette «Tommy»,
nommée ainsi en l'honneur de son concepteur, était
utilisée afin d'abattre un gangster new-yorkais.»
Durant l'été
1928, Capone installa ses quartiers au Lexington Hotel, autrefois
réputé. Il y occupait deux étages où
il vivait à la manière d'un potentat dans sa suite
de six pièces munie d'une cuisine spéciale pour
ses repas préparés. Des portes secrètes
furent installées afin que Capone puisse s'enfuir sans
être découvert si le besoin s'en faisait sentir.
Il était
clair pour Capone que la Prohibition n'allait pas durer éternellement.
C'est pourquoi il se diversifia dans les escroqueries. Un journal
économique de Chicago expliqua que l'escroc pouvait être
le patron d'une association d'affaire suposément légale.
Qu'il soit un criminel qui se soit imposé comme chef
d'une quelconque union ou qu'il soit un organisateur, les méthodes
utilisées sont les mêmes. En lançant des
briques dans quelques fenêtres ou en commettant un meurtre,
il rassemble un groupe d'hommes d'affaire pour former une association
de protection. Il procède alors à la collecte
de frais, d'amendes et fixe les prix et les heures d'ouverture.
Tout commerçant qui ne respecte pas l'entente ou qui
cesse de payer son tribut est alors victime d'attaques à
la bombe, se fait tabasser ou intimider.
Comme lors
de ses activités de contrebande, Capone se heurta au
même ennemi : Bugs Moran. Moran avait tenté par
deux fois d'assassiner l'ami et partenaire de Capone, Jack McGurn.
Lorsque Capone partit pour l'hiver à Miami, Jack lui
rendit visite afin de discuter des problèmes récurrents
amenés par Bugs Moran et sa bande des North Siders.
Ni McGurn,
ni Capone ne pensèrent un seul moment que l'assassinat
planifié de Bugs Moran serait un événement
qui deviendrait notoire pour plusieurs dizaines d'années.
Capone se prélassant en Floride, comment pouvait-on le
rendre responsable du meurtre d'un contrebandier ? «Machine
Gun» McGurn avait le plein contrôle de l'attaque.
Il rassembla une équipe de première classe composée
gens de l'extérieur : Fred «Killer» Burke
en était le chef et était assisté par un
tirreur du nom de James Ray. Deux autres membres étaient
John scalise et Albert Anselmi, qui avaient été
utilisés pour le meurtre de Frankie Yale. Joseph Lolordo
faisait aussi partie du groupe, tout comme Harry et Phil Keywell,
du Purple Gang de Détroit. Le plan de McGurn était
créatif. Un contrebandier invita les membres du gang
de Moran à le rencontrer dans un garage afin de leur
offrir du whisky de qualité à un prix imbattable.
La livraison allait être faite à 10h30, le 14 février.
Les hommes de McGurn allaient les attendre vêtus d'uniformes
de police et d'imperméables, donnant l'impression qu'un
raid allait se dérouler.
McGurn,
à l'instar de Capone, voulait être le plus loin
possible de la scène. Il se réfugia donc dans
une chambre d'hôtel en compagnie de sa compagne. Établir
un alibi en béton était sa priorité. Au
garage, les Keywells apperçurent un homme ressemblant
à Bugs Moran. L'escouade meurtrière enfila les
uniformes de police et se rendirent au garage à bord
de la voiture de police volée. Jouant leur rôle
d'agents de police jusqu'au bout, les hommes de McGurn pénétrèrent
dans le garage et y trouvèrent sept hommes, incluant
les frères Gusenberg, ceux-là même qui avaient
tenté d'assassiner McGurn.
Les contrebandiers,
pris sur le fait, firent ce qu'on leur demandait ; ils s'alignèrent
au mur. Les quatre hommes habillés en policiers s'emparèrent
des armes des contrebandiers et ouvrirent le feu avec deux mitraillettes,
un fusil à canon scié et un .45. Les contrebandiers
s'affaissèrent, tous morts à l'exception de Frank
Gusenberg qui respirait encore. Afin de faire croire à
leur charade, les deux policiers en imperméables levèrent
leurs mains en l'air et sortirent devant les deux autres policiers,
simulant une arrestation. Les quatre assassins quittèrent
les lieux à bord de la voiture de police volée.
Le plan
était brillant et avait été exécuté
brillament à l'exception d'une chose : la personne visée,
Bugs Moran, était absent. Moran était en retard
et, appercevant la voiture de police, s'était enfui,
ne voulant pas être arrêté lors du raid.
Peu après, de vrais policiers arrivèrent au garage
et apperçurent Gusenberg, transpercé de 22 balles,
sur le plancher. «Qui a tiré ?» lui demanda
le sergeant Sweeney. «Personne...personne ne m'a tiré
dessus», murmura Gusenberg. Son refus d'impliquer ses
meurtriers dura jusqu'à sa mort peu de temps après.
Ça
ne prenait pas un génie pour découvrir que la
cible du massacre était Bugs Moran et que le bénéficiaire,
si le plan avait été mené à bien,
était Al Capone. Malgré le fait que Capone ait
été en Floride et que Jack McGurn ait un solide
alibi, les policiers, les journaux et la population de Chicago
savaient qui était responsable. La police pouvait difficilement
arrêter Capone vu l'absence de preuves et McGurn avait
épousé sa compagne, Louise Rolfe, mieux connue
comme l'«alibi blond», qui de ce fait ne pouvait
plus témoigner contre son nouveau mari. Toutes les charges
contre lui furent donc abandonnées et personne ne fut
accusé du spectaculaire assassinat.
La publicité
entourant le massacre de la St-Valentin fut sans précédent.
Elle ne fut pas seulement locale mais l'événement
médiatique au niveau national qui propulsa Capone dans
la conscience nationale ; écrivains et journalistes se
mirent à écrire des livres et des articles sur
lui. Bergreen voit dans le massacre la consécration de
Capone.«Il n'y avait jamais eu auparavant de criminel
comme Capone. Il était élégant, avait de
la classe, était la crème de la crème.
Il était remarquablement effronté, continuant
de vivre parmi la haute société de Miami et de
proclamer son amour pour sa famille. Il ne passait pas pour
un mésadapté social. Il jouait le rôle du
millionnaire capable d'en apprendre aux hommes d'affaire de
Wall Street sur la façon de transiger en Amérique.
Personne n'était indifférent à Capone ;
chacun avait son opinion sur lui...»
Capone appréciait
sa notoriété et confia à Damon Runyon l'emploi
d'agent de presse. Malgré tout, la publicité avait
fait son uvre. Il attira l'attention du président,
Herbert Hoover. «J'ai donné l'ordre à toutes
les agences fédérales de surveiller de près
M. Capone et ses alliés» écrit-il. Au début
du mois de mars 1929, Hoover demanda à Andrew Mellon,
alors secrétaire trésorier, si il avait Al Capone
dans ses filets. Hoover voulait voir Capone en prison. Quelques
jours plus tard, Capone fut convoqué au tribunal de Chicago
; il ne semblait cependant pas réaliser le sérieux
des preuves qui s'ammassaient contre lui.
Capone avait
des choses plus pressantes à faire que de se présenter
devant le tribunal. En effet, deux de ses collègues lui
causaient des problèmes. Kobler décrit la scène
dans laquelle Capone régla le problème. «Rarement
avait-on vu les trois invités d'honneur s'asseoir devant
un tel festin. Ils se régalèrent avec de la nourriture
riche et piquante, arrosant le tout de plusieurs litres de vin
rouge. Au bout de la table, Capone portait toast après
toast à la santé de ses invités : Saluto,
Scalise ! Saluto, Anselmi ! Saluto, Giunta !
Quand, bien
après minuit, la dernière miette avait été
avalée et la dernière goutte bue, Capone se leva.
Un silence glacial emplit la salle. Son sourire avait disparu.
Personne ne souriait à part les trois invités
d'honneur, rassasiés, digérant tranquilement leur
repas gargantuesque. Lorsque le silence s'alourdit, eux aussi
devinrent silencieux. Ils parcoururent nerveusement des yeux
la table alors que Capone se penchait vers eux. Ses paroles
étaient perçantes. Croyaient-ils qu'il ne le savait
pas ? Imaginaient-ils pouvoir cacher indéfiniment leur
manque de loyauté, faute impardonnable ? Capone avait
suivi la tradition à la lettre. Hospitalité puis
exécution. Les siciliens étaient sans défense,
ayant, à l'instar des autre invités, laissé
leurs armes au vestiaire. Les gardes du corps de Capone se jetèrent
sur eux, les attachant à leurs chaises et les baillonnant.
Capone se leva, armé d'un bâton de baseball. S'avançant
lentement vers le premier, il s'arrêta derrière
lui. Avec ses deux mains, il brandit le bâton et frappa
de toute ses forces. Lentement, méthodiquement, il frappa
encore et encore, brisant tous les os des épaules, des
bras et de la poitrine. Il alla ensuite derrière le deuxième
invité et, lorsqu'il l'eut réduit en un amas de
chair, s'attaqua au troisième. Un des gardes de corps
alla chercher son révolver au vestiaire et logea une
balle à l'arrière de la tête de chacun d'eux.»
Même
si Capone ne le réalisait pas, la publicité entourant
le massacre de la St-Valentin, peu importe sa tendance, catalisa
les forces gouvernementales contre lui. Après seulement
quelques jours à la présidence, Hoover mis de
la pression sur Andrew Mellon, le secrétaire du Trésor,
pour faire avancer la bataille du gouvernement contre Capone.
Mellon adopta une approche sur deux fronts : rassembler assez
de preuves afin de prouver l'évasion fiscale et amasser
des preuves afin de l'accuser de violation de la Prohibition.
Une fois les preuves rassemblées, les agents de la trésorerie
devaient s'allier au procureur général, Georges
E. Q. Johnson, afin d'engager des poursuites contre Capone et
les membres clés de son organisation.
L'homme
qui avait la responsabilité de rassembler les preuves
concernant les violations envers la Prohibition, soit la contrebande,
était Eliot Ness ; il débuta en rassemblant un
groupe de jeunes agents fringants tout comme lui. Le plus actif
était sans contredit Elmer Irey, de la brigade spéciale
du fisc, qui redoubla ses efforts à la suite du mandat
de Hoover. Puisque qu'il était douteux que l'on puisse
accuser et faire déclarer coupable Capone des accusations
concernant la Prohibition à Chicago peu importe le poids
des preuves amassées, Mellon se concentra sur les accusations
d'évasion fiscale, où une condamnation était
plus sûre grâce à la décision Sullivan.
Capone n'avait
pas connaissance, initialement du moins, des forces qui se montaient
contre lui et ne laissait pas les agents fédéraux
le déranger. Au milieu du mois de mai 1929, Capone se
rendit à une conférence à Atlantic City
où les gangsters de toutes sortes venant de partout au
pays se rencontrèrent afin de discuter de coopération
pour remplacer la destruction. Afin de garder la violence et
la rivalité à un minimum, ils divisèrent
le pays en «sphères d'influence». Torrio
fut nommé à la tête d'un comité exécutif
qui allait arbitrer les disputes et punir les traîtres.
Les participants décidèrent que Capone devrait
laisser son empire de Chicago à Torrio afin que ce dernier
le divise selon ses propres termes. Capone n'avait aucune envie
de céder son empire à Johnny Torrio ou de le diviser.
Après
la conférence, Capone se rendit voir un film à
Philadelphie. Lorsque le film fut terminé, deux détectives
l'attendaient. En moins de 24 heures, Capone était arrêté
et emprisonné pour avoir camouflé une arme sur
lui. Capone retira sa bague de diamant et la remit à
son avocat afin qu'il la remette à son frère Ralph.
Il fut envoyé en premier à la prison du comté
de Holmesburg puis au pénitentier de l'Est où
il resta jusqu'au 16 mars 1930. Ralph, Jack Guzik et Frank Nitti
«The Enforcer» furent chargés de l'entreprise
durant ce temps.
Un deuxième
coup porté à l'empire de Capone fut l'arrestation
de Ralph pour évasion fiscale au mois d'octobre de la
même année. Voulant donner un exemple aux autres
gangsters, les agents fédéraux arrêtèrent
Ralph lors d'un match de boxe et l'amenèrent menotté.
Cette arrestation culminait la persistance d'Elmer Irey, qui
investiguait Ralph depuis quelques années. Ce dernier
était bien moins habile que son frère lorsque
venait le temps de cacher ses richesses et ses transactions.
Sa négligence, sa cupidité et sa stupidité
en faisait une cible de choix pour un agent du Trésor
ambitieux comme Eliot Ness, qui avait mis ses lignes téléphoniques
sur écoute, et pour Nels Tessem, un agent du fisc bourré
de talents qui avait passé au peigne fin toutes les transactions
faites par Ralph. Nitti et Guzik durent aussi passer devant
la cours de taxation en raison de cette enquête déterminée
et exhaustive.
Al croupissait
en prison et Ralph, Guzik et Nitti dirigeait l'empire ; le moment
était idéal pour Ness pour rassembler assez de
preuves afin de convaicre un grand jury que Capone violait la
loi sur la Prohibition en plus d'omettre de payer ses taxes.
Ness demanda à ses hommes de mettre sur écoute
continuellement les lignes téléphoniques de Ralph.
Tout ce que Ness avait amassé lui permit d'enfoncer la
porte d'entrée de la brasserie de South Wabash, propriété
d'Al Capone. Enhardi par ses méthodes d'homme de loi
d'une autre époque, Ness et ses «intouchables»
continuèrent à mettre sur écoute et à
fermer les brasseries du goupe.
À
la mi-mars 1930, Capone fut libéré de prison pour
bonne conduite. Une semaine plus tard, Frank J. Loesch, de la
Commission sur le crime de Chicago, mis sur pied une liste d'ennemis
publics : à la tête de cette liste figurait Alphonse
Capone, Ralph Capone, Frank Rio, Jack McGurn et Jack Guzik,
tous des collègues de Capone. La liste fut diffusée
dans les journaux et fut surnommée par J. Edgar Hoover
comme étant la liste des criminels les plus recherchés
du FBI. Al Capone, qui voulait tellement être considéré
comme un membre influent de la communauté, était
maintenant l'«ennemi public numéro 1». Il
était enragé, humilié et grandement insulté.
Durant le
même mois, Elmer Irey se rendit à Chicago pour
rencontrer l'agent Arthur P. Madden et de planifier leur stratégie.
Il devenait clair pour eux que, pour réussir à
court terme, ils leur fallait infiltrer l'organisation de Capone.
Avant de retourner à Washington, Irey passa deux jours
dans le lobby du Lexington Hotel, se faisant passer pour un
vendeur. Dès qu'il eut une meilleure idée du type
de gens qui gravitaient autour de Capone, il décida de
trouver deux agents doubles qui pourraient, en se faisant passer
pour des gangsters, infiltrer l'organisation de Capone.
«Le
choix évident était Michael J. Malone. C'était
un bon acteur, ayant de la facilité à se mêler
aux autres. Il avait des nerfs d'acier et une intelligence aiguisée.
Son teint foncé, presque méditérannéen
et sa connaissance de l'italien faisait de lui le candidat idéal
pour infiltrer l'empire à majorité italienne de
Capone.» (Ludwig, Smith) Un autre agent double fut choisi
comme partenaire dans cette entreprise risquée. Malone
allait porter le nom De Angelo et l'autre agent, celui de Graziano.
La création de leur nouvelle identité de petits
escrocs de Brooklyn fut l'objet d'efforts constants. Leur vie
en dépendait puisque la bande de Capone ne manquerait
pas de passer au peigne fin chaque détail de leur identité.
La réussite de l'infiltration tenait à l'apprentissage
du rôle de chacun.
Un intermédiaire
devait être trouvé puisque ni Graziano ni De Angelo
ne pouvait être vu en train de converser avec Irey ou
Madden. Frank J. Wilson, 43 ans, fut désigné.
Il allait être intermédiaire tout en s'occupant
de la coordination de l'opération et d'une partie de
l'investigation. En juin 1930, Wilson reçu l'approbation
de la part de l'éditeur eccentrique du Chicago Tribune
pour questionner un de leurs journalistes. Jake Lingle était
un ami d'Al Capone et se vantait de la relation. Selon Bergreen,
Lingle voulait plus que la connection profitable qu'il avait
avec le groupe. «Son influence lui faisait croire qu'il
était invulnérable alors qu'en vérité,
c'était tout le contraire. Agir comme agent double ou
agent triple était trop palpitant pour résister
à une telle offre. Non satisfait du rôle qu'il
jouait déjà, il accepta pour servir d'informateur
pour le gouvernement fédéral.»
L'assermentation
de Lingle était prévue pour le 10 juin ; la veille,
il fut assassiné d'une balle derrière la tête.
Le tollé fut sans précédent. Capone le
suivi de sa maison de Miami Beach. Lorsque questionné
au sujet de Lingle, Capone répondait que les journaux
et les journalistes devraient s'occuper de combattre le crime
plutôt que de l'encourager. Il rajoutait que ce n'était
pas à lui de mentionner cela mais que c'est ce qu'il
croyait. Pendant ce temps, Mike «De Angelo» s'installa
au Lexington Hotel, revêti des habits luxueux et occupa
son temps à lire les journaux au bar. Éventuellement,
les acolytes de Capone lui parlèrent et lui posèrent
des questions sur ses antécédents.
«Nous
voulons savoir la vérité sur vous», lui
dit un des gangsters. «Vous avez l'air de quelqu'un en
fuite qui pourrait être intéressé par une
proposition. Le monde est petit puisque nous pourrions peut-être
avoir une telle proposition pour vous.» De Angelo joua
le jeu. «En fait, je suis ouvert à une proposition,
mais elle doit en valoir la peine. Si vous voulez toute l'histoire,
je ne connais pas la raison de ma venue ici sauf pour l'occasion
de rencontrer le Big Boy.»
Le gangster
lui répondit qu'il devait faire quelques vérifications
mais l'invita à rester encore quelques jours afin qu'il
puisse lui donner une réponse. De Angelo espérait
ne pas avoir fait de faux pas ou il serait un homme mort. Quelques
jours plus tard, il fut invité à rencontrer les
membres du groupe et Capone lui-même lors d'une grande
fête. Pleinement au courant que Capone invitait à
un repas les traîtres pour ensuite les battre à
coups de bâton de baseball, De Angelo se rendit à
l'endroit mentionné nerveusement. Heureusement, la minutie
D'Irey lors de la confection de l'identité de son agent
fut largement récompensée. De Angelo fut nommé
croupier au sein d'une des maisons de jeu de Capone à
Cicero.
Juste avant
le procès de Ralph Capone, De Angelo découvrit
que la bande de Capone allait s'occuper des témoins du
gouvernement. Grâce au travail de son agent, Irey augmenta
la protection des témoins. Le résultat fut un
verdict de culpabilité pour l'accusé et aucun
«accident» pour les témoins. Quelques mois
plus tard, Graziano rejoignit De Angelo et prit un emploi consistant
à surveiller les livraisons de bière de Capone.
Juste avant Noël, les deux agents découvrirent un
complot contre Wilson et l'arrêtèrent juste à
temps. Maintenant que Capone connaissait le rôle de Wilson,
Irey voulut lui donner une autre assignation. Wilson refusa
net. Cette atteinte à sa vie ne faisait que renforcer
sa détermination quant à coincer Capone.
La vraie
récompense des efforts des agents vint au cours d'une
conversation entre Graziano et un des employés de Capone.
«Les gars du fisc ne sont pas trop intelligents. Ils ont
des preuves contre Al depuis cinq ans qui pourraient l'envoyer
en prison mais ils sont trop idiots pour s'en appercevoir.»
La montagne d'informations recueillie lors d'un précédent
raid au Hawthorne Hotel incluait un grand livre où étaient
indiquées les opérations financières du
Hawthorne Smoke Shop pour les années 1924-1926. Ce dont
Irey avait maintenant besoin était l'identité
des deux comptables ayant fait les entrées. L'écriture
ne correspondait à aucun des hommes de Capone. Il y avait
beaucoup de chance que Capone les ait fait éliminer lors
de la saisie.
Graziano
prit un risque énorme et demanda à son interlocuteur
si on s'était «occupé» des comptables.
Le gangster lui répondit que les deux hommes n'avaient
pas été liquidés puisqu'ils n'étaient
que deux drogués qui avaient quitté la ville lors
de la saisie. Chose incroyable, le gangster lui donna alors
le nom des deux hommes : Leslie Shumway et Fred Weiss. Alors
que 1930 tirait à sa fin, Capone débuta une vaste
campagne de publicité. Il mit sur pied une soupe populaire
destinée aux gens qui avaient perdu leur emploi à
cause de la dépression. Pendant les deux derniers mois
de l'année, la soupe populaire servi trois repas gratuits
par jour. «La soupe populaire était calculée
soigneusement afin de réhabiliter son image auprès
de la population de travailleurs qui, avait-il réalisé,
avait commencé à le voir comme un autre géant
incroyablement riche.» (Bergreen)
Au début
de 1931, les hommes d'Irey retrouvèrent Shumway à
Miami, travaillant ironiquement aux pistes de course Hialeah,
où Capone allait presque quotidiennement lorsqu'il était
dans la ville. Frank Wilson se rendit à Miami afin de
questionner Shumway et réussit à s'enfuir de la
ville en compagnie du comptable une demie heure avant qu'une
voiture remplie de gros bras n'arrive afin de s'occuper du délateur.
Fred Reiss s'était caché à Peoria, Illinois.
Les deux hommes acceptèrent de coopérer pleinement
à l'enquête en échange de protection. D'autre
part, Eliot Ness connaissait un succès certain à
retracer et cadenasser les brasseries de Capone. Lui et ses
intouchables avaient en leur possession des preuves de violation
de la loi sur la Prohibition qui allaient être utilisées
si l'accusation d'évasion fiscale ne fonctionnait pas.
Ness désirait
autant humilier Capone publiquement que l'envoyer en prison.
Le meurtre d'un de ses amis fut le point de départ du
plan pour embarrasser publiquement Capone. Les nombreuses saisies
dans les brasseries et les magasins de liqueur avaient permis
de ramasser quelques 45 camions, la plupart neufs. Afin d'entreposer
la collection de camions destinés à la vente aux
enchères, le gouvernement avait loué un lieux
d'entreposage afin d'y garder les véhicules. Il fallait
cependant y amener les camions saisis. Ness eut l'idée
de porter un coup à l'orgueuil de Capone, ce que personne
n'avait encore tenté. Il fit polir les camions et s'organisa
pour que des chauffeurs les conduisent. Lorsque tout fut au
point, il fit son coup le plus audacieux. Il passa un coup de
fil au Lexington Hotel, où Capone avait ses quartiers
et réussit parler à Capone lui-même.
«Eh
Snorkey», un surnom utilisé par les plus proches
de Capone, «je voulais te dire que si tu regardes par
la fenêtre donnant sur Michigan Avenue à 11h tappant,
tu verras quelque chose qui devrait t'intéresser.»
«Qu'est-ce
qu'il y a ?» demanda Capone, une curiosité évidente
dans la voix.
«Regarde
et tu verras» lui répondit Ness avant de raccrocher.
Le convoi
passa devant le quartier général de Capone à
11h du matin. Avançant lentement, celui-ci passa devant
un groupe de gangsters affiliés à Capone regroupés
devant l'hôtel. Ness pouvait apercevoir la comotion sur
le balcon de Capone. C'était un grand jour pour Ness
et son équipe. «Ce que nous avons réussi
ce jour-là était d'enrager les criminels les plus
sanglants de l'histoire. Nous avons mis sous leur nez la défiance
des intouchables ; ils devaient savoir que nous étions
préparés à nous battre jusqu'à la
fin.»
Ness avait
réussi à rendre Capone hors de lui. Tout de suite
après la parade, Capone traversa sa suite, brisant tout
sur son passage. Non seulement Ness avait-il réussi à
enrager Capone mais il avait aussi pris une bouchée substancielle
de l'entreprise criminelle. De l'équipement de brasserie
valant plusieurs millions de dollars avaient été
saisis et détruit, des milliers de litres de bière
et d'alcool avaient été jetés en plus des
plus importantes brasseries qui avaient été fermées.
La mise
sur écoute des lieutenants de Capone révélèrent
la gravité de la situation. La bande avait dû réduire
ses pots-de-vin et ses paiements aux policiers. La bière
devait être importée afin de fournir les bars clandestins
qui auparavant se fournissaient chez Capone. Les choses s'agravèrent
lorsqu'un raid ferma une opération gigantesque qui fournissait
20 000 gallons par jour. La mission du gouvernement tirait à
sa fin au début du printemps 1931. Devant l'ordonnance
de limitation de six ans pour les premières preuves,
le gouvernement se devait de porter des accusations sur les
preuves dattant de 1924 avant le 15 mars 1931. Quelques jours
avant cette date, le 13 mars, un grand jury fédéral
fut réuni afin de vérifier l'accusation selon
laquelle Capone devait 32 488,81$ en taxes pour l'année
1924. Le jury inculpa Capone, inculpation qui demeura secrète
jusqu'à ce que l'enquête soit complète pour
les années 1925 à 1929.
Le 5 juin,
le grand jury se rencontra de nouveau et inculpa Capone de 22
chefs d'accusation d'évasion fiscale totalisant plus
de 200 000$. Une semaine plus tard, une troisième inculpation
fut votée concernant les preuves amassées par
Ness et son équipe. Capone et 68 membres de sa bande
furent accusés de près de 5000 violations du Volstead
Act, certaines datant d'aussi loin que 1922. Les accusations
d'évasion fiscale allaient cependant passer avant les
accusations réliées à la Prohibition. Capone
risquait 34 ans de prison si le gouvernement gagnait sur toute
la ligne. Les avocats de Capone présentèrent au
procureur général Johnson une proposition. Capone
allait plaider coupable en échange d'une sentence légère.
Johnson, après en avoir discuté avec Irey et le
nouveau secrétaire du Trésor Ogden Mills, accepta
l'offre et s'engagea à recommander une sentence de deux
à cinq ans.
Pourquoi
le gouvernement, après tous ses efforts, accepta-t-il
une sentence si légère ? Premièrement,
malgré tous les efforts afin de cacher Shumway et Reiss,
il était douteux que les deux hommes vivent assez longtemps