Né
le 04 août 1901
Décédé le 06 juillet 1971 (à l'âge
de 69 ans)
Grâce
à une « erreur » détat-civil,
Louis Armstrong aurait eu cent ans en lan 2000. Lerreur
corrigée, quatre-vingt-dix-neuf raisons nous restent
de rendre hommage au trompettiste avant le vrai (?) centenaire
de sa naissance, le 4 août 2001. Michel Laverdure, y va
de son hommage... critique. Difficile de fêter un anniversaire
lorsque, a priori, on ignore la date de naissance du bénéficiaire.
Or celle de Louis Armstrong demeure assez floue. Lofficielle,
si lon peut dire, 4 juillet 1900, aurait été
fixée par lui-même à loccasion dun
recensement: jour de la fête nationale, dernière
année dun siècle, voilà une date
facile à retenir pour un gamin quasi analphabète.
Depuis, on a retrouvé dans les registres de léglise
du Cur Sacré de Jésus, à La Nouvelle-Orléans,
un document situant au 4 août 1901 la date de naissance
de Louis Armstrong (Niger illegitimus).
Le tout
rédigé en latin ce qui, aux Etats-Unis surtout,
donne à cette pièce une incontestable solennité.
Il nempêche que quelques témoins ont situé
cette même date un ou deux ans plus tôt. Le flou
ne cessant de sépaissir, disons que Louis Armstrong
est né
un jour, ce qui est, après tout,
lessentiel. Ce qui paraît certain, cest quil
vit le jour dans Jane Alley Street qui menait de Gravier Street
à Perdido Street. Un quartier particulièrement
chaud au point quon lavait surnommé le Champ
de bataille. On y côtoyait des pasteurs pourvoyeurs de
cultes aléatoires, des flambeurs en tous genres, des
voleurs à la tire, des adeptes de concours de tir sur
cible vivante qui animaient le quartier dès la nuit tombée.
Tel le célèbre Red Cornelius, véritable
terreur, armé jusquaux dents. Plus un nombre incalculable
de prostituées. Les rues devenaient boueuses à
la moindre pluie, poussiéreuses dès lapparition
du soleil. Cest là que Louis Armstrong apprend
la vie dans la plus sombre misère. Son père a
quitté sa mère peu après sa naissance,
sa mère pratique quelques activités ménagères
et dautres, sans doute, moins avouables. Ce sont ces dernières,
je suppose, qui lincitent à confier lenfant
à sa grand-mère qui lui inculquera un semblant
déducation. Grâce à elle il entre
dans la chorale de léglise. Cest ce qui lui
donnera, je pense, lidée de former un groupe vocal
avec quelques copains de son âge. Le groupe parcourt les
rues et ramasse quelques piécettes qui seront accueillies
avec enthousiasme.
La nuit
de la Saint-Sylvestre, il est de tradition à La Nouvelle-Orléans
de faire le plus de bruit possible. Bien évidemment,
en ce 31 décembre 1913, notre petit Louis a la ferme
intention de tenir sa place dans le vacarme. On connaît
lhistoire. Armé dun revolver appartenant
à son beau-père du moment et encouragé
par ses copains, il a à peine le temps de décharger
sa pétoire quun policier lui met la main au collet,
le traîne devant un juge qui le condamne aussitôt
à un séjour dans une maison de redressement, Wails
Home. Peter Davis, un des surveillants, y fait office de professeur
de musique. Dabord réticent à légard
de ce nouveau pensionnaire venu dun quartier peuplé
de voyous, il lautorise cependant à participer
à la chorale et ladmet ensuite dans lorchestre-maison.
Après le tambourin du début, il lui confie le
clairon chargé de ponctuer les événements
quotidiens. Plus tard, Louis deviendra le chef de la fanfare.
On peut imaginer que dans létat de misère
où il se trouvait alors, lacquisition dun
instrument nétant pas envisageable, il aurait peut-être
poursuivi sa carrière à la tête dun
groupe vocal. Alors que, dès sa libération quelques
mois plus tard, il se considère déjà comme
un vrai musicien. Joe « King » Oliver le prend sous
sa protection, lui trouve ses premiers engagements, avant de
le faire venir à Chicago pour lintégrer
à son propre orchestre.
Sa rencontre
avec la pianiste Lil Hardin sera, par la suite, déterminante.
Il lépouse en 1927. Devenue Madame Armstrong, elle
va lui enjoindre de quitter « King » Oliver pour
voler de ses propres ailes. Cela ne va pas sans mal. Deuxième
trompette, nayant à assumer aucune responsabilité,
aucune initiative à prendre, il considère que
ce rôle lui convient à la perfection. Ayant réussi
à le convaincre, elle fera de lui le premier grand soliste
de jazz. Elle participera même à la création
du célèbrissime Hot Five dont elle est la pianiste.
On notera quaprès leur séparation elle demeurera
toujours fidèle à celui quelle avait créé,
en somme, de toutes pièces. Au point quelle mourut
à son piano (1971) en plein milieu dun concert
dédié à la mémoire de Louis Armstrong.
Après
son passage chez Fletcher Henderson, en 1925, la renommée
de Louis Armstrong na cessé de saccroître.
Tous les musiciens sans exception le prennent pour modèle.
Pour exploiter au mieux cette suprématie, il se met
ou plutôt on le met à la tête de grands
orchestres. Par malheur, dans la plupart des cas ceux-ci sont
affreusement boiteux et falots. Le comble de la médiocrité
étant atteint par le groupe réuni à la
hâte, chargé de laccompagner en 1934, pour
son premier concert à Paris. On peut donc affirmer que
tous les chefs-duvre enregistrés durant cette
période sont, pour la plupart, uniquement dus à
son propre talent. A partir de 1947, il sentoure dune
petite formation de forme (sinon de fond) néo-orléanaise.
Celle qui se présentait au festival de Nice en 1948 frisait
la perfection. On y trouvait Earl Hines au piano, Jack Teagarden
son vrai frère tromboniste, Barney Bigard et limmense
Sidney Catlett. Mais aussi, hélas, le tout jeune Arvell
Shaw balbutiant à la basse et la piètre vocaliste
Velma Middleton dont le numéro se terminait par un pataud
grand écart qui, du haut de ses 130 kilos, faisait trembler
les cintres et sextasier un public hilare. Par la suite,
les choses allèrent de mal en pis. Combien de Marty Napoleon
ou de McCracken eûmes-nous à subir
Sans oublier,
bien sûr, durant quatre interminables années linsupportable
Barrett Deems. Un batteur encore plus mauvais que linconsistant
Sonny Greer ce qui nest pas peu dire mais
qui, je suppose, trouvera un jour une des ces éminences
grotesques qui, du haut de sa chaire, lui découvrira
quelques vertus cachées.
Il ressort
de ces faits que Louis Armstrong ne sest jamais soucié
ni de son entourage, ni de la conduite de sa carrière.
Alors quil aurait pu exiger des partenaires dignes de
lui, il a toujours laissé à dautres le soin
den décider. Cest ainsi que son dernier manager,
Joe Glaser, allait même jusquà prendre en
charge sa comptabilité et à lui verser une mensualité,
sorte de salaire rassurant qui lui convenait à merveille.
Louis Armstrong
était, comme on dit, un « brave homme »,
dune remarquable générosité. Au point
dadopter le fils de sa cousine Flora disparue peu après
sa naissance. Il ne cessera de prendre soin de Clarence Armstrong,
handicapé mental, à qui il assurera une rente
à vie. Autre exemple qui ma été rapporté
par un témoin : lors du tournage de Paris Blues, Milton
Mezzrow, Hugues Panassié et Madeleine Gautier se trouvant
dans sa loge, il rédigea un chèque quil
tendit à Mezzrow, un second quil remit à
Panassié. Celui-ci, après avoir remercié,
ajouta timidement : « Mais nous, nous sommes deux avec
Madeleine ! » Et Louis remplit aussitôt un troisième
chèque
Je regrette de ne pas lavoir connu
davantage
Source :
www.jazzmagazine.com/.../ portraits/Armstrong/armstrong.htm